Artistes

Chloé Jarry

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Collimateur excentré

Collimateur excentré, 2019Galerie du Haut Pavé, Paris

Fouler au carré

Fouler au carré, 2018PARTcours : Lieux-Communs, Bruxelles, Résidence La menuiserie, Therdonne

Bullecraft

Bullecraft, 2017pad / la Cabine, Angers

Effet de seuil

Effet de seuil, 2017Centre d’art Bastille, Grenoble

Le village, Bazouges-La-Pérousse, mars 2011

Chloé Jarry, diplômée de l’école des beaux-arts de Nantes, développe un travail artistique autour de la problématique du quotidien. Elle s’efforce de révéler, en les dé-contextualisant, les objets que l’on côtoient quotidiennement et qui à force nous paraissent anodins (prises électriques, plinthes, ampoules, etc.).

C’est d’abord par le dessin et la photographie qu’elle appréhende ces objets familiers avant de les mouler pour en faire des céramiques. Lors du processus de création, elle ne cherche pas à contrôler la matière, elle laisse venir les distorsions physiques et naturelles pour en faire un objet unique. La présence récurrente du blanc dans son travail est dû à son approche poétique et romantique de cette couleur, qui à l’origine était associée à la pureté. Ce blanc, parfois complété de jaune pour symboliser le temps qui passe, signifie aussi pour l’artiste l’espace vierge de la galerie, lieu similaire à une page blanche prête à être « écrite ».

La scénographie peut déconcerter. En effet, les œuvres en céramique présentées se fondent dans l’espace d’exposition. Prises, plinthes, ampoule s’intègrent à l’architecture du lieu et participent telles des intrus à son fonctionnement. Au contraire, les éléments disposés à même le sol comme les abat-jours et la bouillotte ont une présence immédiate et perdent leurs utilités premières. Ce souhait de disposer ces sculptures au sol dénote de l’intérêt que l’artiste porte à la culture japonaise. En effet, contrairement aux peuples occidentaux, les orientaux consacrent au sol une plus grande importance (ils y dorment, y mangent … ).

En écho aux objets en céramique, quelques gravures ponctuent l’espace d’exposition. Les objets représentés flottent dans l’espace de la feuille. Ce travail poursuit la réflexion de l’artiste sur la place de l’objet dans notre quotidien.

David Chevrier

Collimateur excentré

Née en 1985 à Montmorency (95), Chloé Jarry vit et travaille à Nantes.

Diplômée en 2010 de l’École Supérieure des Beaux Arts de Nantes métropole, elle obtient en 2012 le prix des arts visuels de la Ville de Nantes et en 2016 l’Aide Individuelle à la Création de la DRAC Pays de la Loire. Au cours des études elle obtient deux bourses (2009 : Beppu -Japon-, 2008 : UQAM, Montréal -Canada).

Depuis, Chloé Jarry a réalisé des expositions personnelles notamment à Roubaix (2019 : La plus petite galerie du monde ou presque), Grenoble (2017 : Effet de seuil, centre d’art Bastille), et Angers (2017 : Ma quête au pied du mur, BLAST). Son travail est émaillé de plusieurs résidences : 2018, La menuiserie, Therdonne ; 2017, Moly Sabata, Sablons et L’H du Siège, Valenciennes ; 2015, École d’art du Beauvaisis, Beauvais ; 2014, Institut Français du Cambodge, avec Adrien Guigon, Phnom Penh.

Elle fait partie du Réseau d’artistes en Pays de la Loire.

Se lever, enserrer la poignée de porte, et ressentir un trouble : sa forme est quelque peu modifiée. Ce léger changement donne alors à cet objet de notre quotidien une nouvelle valeur, nous l’observons dans toute l’étrangeté de sa normalité et le considérons avec attention. Le travail de Chloé Jarry agit selon ces mêmes modalités. Elle sculpte, ou dessine, des éléments qui nous entourent en en modifiant la matière. Ses céramiques réinterprètent des objets manufacturés et rarement valorisés : amas d’ampoules, carrelages typiques des habitations bon marché des années 70, ferronneries, etc. Elle ne sculpte pas un catalogue archétypal de notre espace domestique ; elle donne au contraire une individualité à chacune de ses pièces, sérielles comme uniques. Ses installations s’apparentent à des souvenirs, à des répliques singulières et des reliques désacralisées.

Ce sentiment de bouleversement doux et implacable est rendu possible par l’engagement physique de l’artiste. Chloé Jarry renoue avec l’historique et étroite relation entre artistes et artisans, c’est en tant que technicienne aguerrie qu’elle agit. Cette technicité sou-tend une très forte proximité de l’artiste avec la matière de ses oeuvres. Elle modèle chacune de ses productions à la main, même dans le cas d’effet de seuil (2017), pièce composée de 1436 tomettes en grès mêlés. Certaines créations conservent littéralement son empreinte (M’amarrer, 2017). L’investissement physique de Chloé Jarry se retrouve également dans le format de ses aquarelles, celles-ci pouvant dépasser les deux mètres. Cette tâche minutieuse et monumentale confère à ces dessins un aspect architectural : les initiaux motifs de carrelage deviennent lés de tapisserie (Antiparéidolie, 2017). Tout le corps de l’artiste s’implique dans sa création ; pour appréhender l’humidité d’une terre cuite, Chloé Jarry approche ses lèvres, surface cutanée beaucoup plus sensible que le bout de nos doigts. Dans le cadre de son travail sur les motifs des azulejos, elle déambule dans les rues lisboètes, ses pieds guident son appareil photographique. Elle redessine ensuite ses prises de vue afin de réaliser sa sélection, le geste de sa main détermine l’oeuvre future.

Chloé Jarry ne se présente pas comme démiurge de son univers, au contraire elle travaille en collaboration avec terres et émaux laissant libre cours à leur plasticité intrinsèque. La barbe des radiateurs en biscuit de faïence est conservée (calorifère, 2016). L’accident fait aussi pleinement partie de son travail, avec humilité Chloé Jarry expérimente et répète une opération si nécessaire.

La relation de Chloé Jarry au quotidien -thème central de ses productions- ne correspond pas à une engourdissante monotonie, elle veille à renouveler sa perception et celle des publics. Ses expositions sont pensées en dialogue avec l’espace de monstration. Notre regard est amené à sans cesse se réajuster, nous faire baisser ou au contraire lever les yeux au plafond. Le collimateur est cet instrument d’optique permettant la réalisation de pointages précis. Plutôt que de se focaliser sur ce qui nous semble central, Chloé Jarry nous invite avec générosité à dévier notre point de vue, à considérer l’espace qui nous entoure avec une nouvelle délicatesse et découvrir, pourquoi pas, que la marge s’avère riche et féconde.

Léa Cotart-Blanco, 2019

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