Artistes

Clélia Berthier : born 1991 in Vitré, lives and works in Nantes.

Access to :
  • works
  • focus
  • cv
  • texts
  • contact

Solo exhibitions

2025

  • «Beurre dur, coeur tendre», Le 4Bis, Centre d’art contemporain, Le Carré, Château-Gontier, sur une invitation de Bertrand Godot, avec le soutien de la Drac Pays de la Loire

2022

  • «Chubby Club», Atelier 8, Bonus, Nantes, soutenue par la DRAC Pays de la Loire

Group exhibitions

2026

  • «Toutes choses au monde», Exposition imaginée par les étudiant.es de l’école des Beaux-Arts de Nantes et coordonnée par Béatrice Méline

2025

  • «Histoires de rien, tempête de tout», Exposition du prix des arts visuels de la ville de Nantes avec Meg Boury, Margaux Moellic et Igor Porte, commissariat : Alexandra Goullier Lhomme, L’Atelier, Nantes
  • «Coach C3», C3-studios, Rotterdam, Pays-bas. Commissaires : Guillaume Krick, Wilfried Nail, Romain Rambaud

2024

  • «Le Repas», Le Virage, Quimper, dans le cadre du Frac Bretagne en région, sur une invitation de Camille Girard et Paul Brunet
  • «Sweet Spot», exposition du prix des arts visuels de Nantes, promotion 2023, Le Grand 8, espace d’exposition du collectif Bonus
  • «Trick-or-treat», Atelier Alain Lebras, avec le collectif Belle de Nuit, Nantes

2023

  • «Installation, Pain surprise,», soirée inaugurale du WAVE, biennale des arts visuels de Nantes
  • «Mimosa», Galerie RDV, Nantes, avec le Collectif Belle De Nuit

2022

  • «Par les soirs bleus d’été», Atelier La Mezz en résonance de la Biennale d’art contemporain de Lyon, Pierre-Bénite
  • «Du pain, des jeux», Une invitation de Capsule Galerie, Ateliers du Vent, Rennes, avec le Collectif Belle De Nuit
  • «Festival TOPOS», Une invitation du collectif Cella, Saint-Denis
  • «Il faut que tu revoies ta copie», Une invitation de Michaëla Sanson Braun, avec les œuvres de la collection du Frac des Pays de la Loire, Atelier Legault, Ombrée d’Anjou, un projet soutenu pars le Frac Pays de La Loire
  • «Le gros lot», Restitution de la résidence à Factatory-galerie Tator, avec le collectif Belle de Nuit
  • «Les Abysses», Collège Elsa Triolet, Vénissieux, une invitation de Pierre Boggio

2021

  • «Transitoire : point d’équilibre», Une invitation de Anouk Chardot et Fanny Gicquel, Ateliers de la Ville en Bois, Nantes
  • «Outdoor is Indoor», Zoo galerie, Nantes
  • « Cueillir les songes, les yeux ouverts», Le Mat, centre d’art du pays d’Ancenis, Montrelais, Collectif Belle De Nuit
  • «Mécaniques invisibles», La Gâterie : Espace de Création Contemporaine, La Roche-sur-Yon
  • «Ici les roses ne fanent pas», Art au Centre, Liège, Belgique, avec Le Collectif Belle De Nuit
  • «Acte 1 Synthèse, Acte 2 symbiose», Bikini espace d’art contemporain, Lyon, avec le Collectif Belle De Nuit

2020

  • «EX.PDF. Exposer les écritures exposées», Le mur du fonds, FRAC Bretagne
  • «Belle de nuit in progress», Ateliers de la Ville en Bois, Nantes
  • «Ordre de dispersion», Une proposition de : Le label hypothèse pour EX.PDF Galerie Duchamp, centre d’art contemporain municipal, Yvetot

2019

  • «Felicità», Exposition des félicités des beaux-arts de Paris et Nantes 2019, Palais des Beaux-Arts, Paris

2018

  • «La gueule pleine de dents», Exposition personnelle, SUPER galerie, parvis de l’école d’architecture, Nantes
  • «FURTHEST FOREIGN FREE FACTORY», Campus français ESBANM, Suncheon, Corée du Sud

Performances

2025

  • «Butterfly large yellow», Avec Meg Boury au Carré à Chateau-Gontier pour l’exposition Beurre dur, coeur tendre
  • «Butterfly large yellow», Avec Meg Boury à l’Atelier, pour l’exposition du prix des arts visuels de la ville de Nantes
  • «Our bread and butter», Performance culinaire avec Michaela Sanson Braun, Nocturne au Musée d’arts de Nantes
  • «Hot dog», Performance culinaire, Scroll Galerie, Nantes

2024

  • «Produit rien», Performance culinaire, Centre d’art et de diffusion CLARK, Montréal

Residencies

  • Résidence de recherche au Centre d’art et de diffusion CLARK, Montréal, dans le cadre d’un partenariat avec les ateliers Bonus
  • 2022

    • Factatory - Galerie Tator, lieu de diffusion d’art contemporain, Lyon, avec Le collectif Belle De Nuit

    2021

    • Maison Julien Gracq, Mauges-sur-Loire, une invitation du MAT, centre d’art contemporain du pays d’Ancenis, avec Le collectif Belle De Nuit

    2020

    • «Belle de nuit in progress», Ateliers de la Ville en Bois, Nantes

    2018

    • Résidence artistique d’un mois proposé par l’École des Beaux-Arts de Nantes à Suncheon, Corée du Sud

    Grants, awards

    2023

    • Prix des arts visuels de la ville de Nantes

    Publications, broadcasts

    2024

    • «Art & Essai 2014-2020», Université Rennes 2, Éditions Présent Composé et diffusé par les Presses du réel
    • «Extension numérique de l’exposition "Cueillir les songes, les yeux ouverts"», Sur le site internet du Mat, centre d’art du pays d’Ancenis, projet soutenu par la Drac Pays de la Loire

    2020

    • Entretien avec la Critique d’art et Chercheuse Adelie Leguen. Visible sur le site de artistesmanifestes.fr
    • Podcast : série Portraits d’artistes, par Capsule galerie, Rennes

    2019

    • Entretien avec Élisa Rigoulet pour le catalogue de l’exposition Felicità, Beaux-Arts de Paris édition

    Education, training

    2017-2019

    • DNSEP, avec les félicitations du jury, École des beaux-arts de Nantes - Saint-Nazaire, Nantes

    2013-2017

    • Licence et Master Arts, pratiques et poétiques, parcours Arts plastiques à l’Université Rennes 2, Rennes

    2011-2013

    • Licence en design graphique à LISAA Rennes

    Histoires de rien, tempête de tout

    Le travail de Clélia Berthier est avant tout une histoire de cuisine. Non pas celle à la recherche du goût, mais celle d’une cuisine de la forme qui expérimente et explore les changements d’état et la polymorphie des matières. Pâte à pain ou de riz, beurre, huile, maïs, boyau, brique, métal, bois ou mousse polyuréthane sont tantôt cuits, frits, brûlés, gavés, les uns dans les autres, les uns avec les autres. La technique, le geste, l’ustensile, la vaisselle et l’ingrédient, tous logés à la même enseigne, se rencontrent et se transforment pour former ensemble des formes sculpturales volontairement hasardeuses, débordantes, et pour la plupart comestibles et périssables. Clélia Berthier aime quand les choses lui échappent, et ne se conforment pas. Ses œuvres sont des recettes à provoquer l’inattendu, le débordement et le partage, un coup de dés – scrupuleusement choisis – qu’elle lance pour ensuite enfiler sa casquette de laborantine attentive. Ses matières, choisies pour leur caractère intrinsèque, sont ainsi laissées librement s’expandre et s’exprimer dans toute leur potentialité. Ça gonfle, ça surgit, ça déborde, ça coule, ça dégouline, ça huile, ça glisse, c’est mou, c’est gras, ça colle, ça hésite entre le gourmand et le dégoutant. Ça flirte avec le trop ! Mais surtout, ça s’infiltre. Car Clélia nous invite aussi à rencontrer ses matières par l’ingestion. Elle nous propose de prendre part au processus, de faire pénétrer ses œuvres en nous, de les laisser poursuivre leur métamorphose, tout le long de nos systèmes digestifs, à travers chacun de nos organes, où elles fermentent, se décomposent, en même temps qu’elles nous imbibent, nous nourrissent et nous transforment. Clélia Berthier s’intéresse ainsi aux cycles, du plus trivial : celui de la digestion, au plus existentiel : celui du vivant, et à leurs liens. Chacune de ses sculptures est d’ailleurs vouée à disparaître pendant ou peu après son exposition, à se recycler et à être réabsorbée par d’autres êtres, matières ou systèmes. Clélia Berthier travaille donc à l’acceptation de ces cycles, mais aussi à l’acceptation de notre propre matérialité. Vivre, c’est aussi être un corps mammifère, une succession de tuyaux, de boyaux et d’organes peu ragoûtants, maintenus et masqués ensemble derrière une peau plus ou moins tendue et imparfaite. Les œuvres de Clélia Berthier sont donc une ode à nos corps, à la chair, à la matière débordante et aux canons défaillants. Une invitation au lâcher-prise où l’artiste nous demande de laisser tomber nos barrières, de faire fi de nos conventions, de nous débarrasser de nos codes – de l’art ou de la table, de laisser au placard nos manières, et même nos couverts, pour plonger à pleines dents et à pleines paumes dans l’œuvre et festoyer joyeusement ensemble autour d’elle.

    Alexandra Goullier Lhomme, 2025

    Beurre dur, Coeur tendre

    Quel rapport peut-il bien y avoir entre le beurre, cette matière grasse comestible, et l’art ? La réponse à cette question pourrait bien se trouver dans le titre de l’exposition Beurre dur, Cœur tendre de la jeune artiste Clélia Berthier. Ce titre, qui se lit comme une contrepèterie amusante, évoque à n’en pas douter la relation intime que tout matériau entretient avec le sensible. Mais une autre interprétation se révèle possible en se penchant sur la définition de cœur tendre »1 qui, pour tout·e cruciverbiste chevronné·e, se résout en trois lettres : « mie ». Ainsi se forme, avec cette association du pain et du beurre, un couple anartistique à la nature instable qui annonce un projet mettant en scène un partage gustatif et nourricier avec le public.
    Pour son exposition, l’artiste a imaginé un dispositif architectural participatif. L’îlot central, qui occupe le centre de la salle d’exposition, s’apparente à un laboratoire culinaire. Tel un décor de pizzéria, il est constitué d’une façade en briques creuses aux boursoufflures, créées par la cuisson dans le four familial, de la pâte à pain incorporée par l’artiste dans les trous des briques. L’agencement de ces modules en fonction de la couleur de la croûte de pain, allant de la plus doré à la plus brûlée, constitue un pan coloré au dégradé élégant. En contraste, de l’autre côté de ce mur factice, nous découvrons un plan de travail en inox avec deux plaques de cuisson à induction qui seront utilisées, entre autres, par des groupes scolaires invités à fabriquer du pain et le cuire. Sont également disposés des ustensiles de cuisine créés par l’artiste : couteaux gravés en forme de doigts, pichets, culs de poule, mais aussi des sculptures en pain fourrées de beurre aromatisé. Exhibées en majesté, plantées verticalement à l’une des extrémités du plateau, deux formes sculpturales en bois brut filiformes taillées par l’artiste se terminent par une spatule évidée partiellement carbonisée.
    Clélia Berthier les détourne de leur fonction de pelles à défourner pour cuire la pâte à pain qu’elle y a insérée. Sortis du four, les pains qui ont pris des formes aléatoires pourront être extraits des pelles, puis beurrés et dégustés par les spectateur·rices. Cette invitation à la consommation de l’oeuvre qui renforce la communion avec le public nous rappelle la performance plus subversive et blasphématoire Messe pour un corps de Michel Journiac2, mais aussi l’Eat Art initié par Daniel Spoerri et, plus récemment, les Pad Thaï de Rirkrit Tiravanija3. Cependant si la générosité et la communion participent bien de l’œuvre de Clélia Berthier, il serait réducteur de résumer son exposition à cet aspect. Certains matériaux viennent perturber la joie que nous ressentons liées à l’odeur du pain qui se diffuse dans l’espace. L’intégration dans les cimaises et les rails métalliques d’une matière rose, qui évoque celle de la barbe à papa mais s’avère être de la laine de roche, provoque une sensation de répulsion voire de dégoût. Difficile de ne pas penser qu’un jeu pervers visuel et tactile imprègne alors l’installation de l’artiste tout en la colorant d’un humour décalé.
    Par ailleurs, l’artiste brouille malicieusement la notion d’exposition personnelle. En intégrant dans son laboratoire, comme l’avait fait Kurt Schwitters dans son Merzbau, des œuvres d’autres artistes4 en hommage à leur amitié : une robe de Meg Boury et ses bottes vertes à talons hauts mis en scène sur un socle de briques « panetières » ; un tableautin de nature morte de Michaela Sanson Braun ; ou encore une sculpture molle surréaliste réalisée par Fanny Gicquel. C’est certainement l’œuvre de Michel Blazy, constituée de macaronis plantés dans des betteraves se désagrégeant lentement par pourrissement, qui entre le plus en résonance avec les préoccupations de Clélia Berthier. En s’intéressant à l’aléatoire, à la qualité sculpturale des matériaux soumis au hasard de leur transmutation, aux matières organiques qui peuvent s’ingérer ou disparaître par l’action du feu ou de l’oxydation, l’artiste remet, en effet, manifestement  cause la pérennité de ses créations. Comme un geste de défiance à l’égard d’une certaine esthétique bourgeoise et du commerce des œuvres d’art. L’appétit de travail de l’artiste ne s’arrête pas là, car vient se glisser dans cette exposition un autre pendant à son activité artistique. Au finissage, elle réactive son exposition Beurre dur, Cœur tendre par une performance surprenante en compagnie de son amie artiste Meg Bourry. La sculpture-vêtement représentant une poupée de maïs a quitté son socle pour être enfilée par Meg alors que Clélia a revêtu une combinaison de travail agricole unisexe rose confectionnée par sa coéquipière. Depuis la cour de l’ancien cloître du Carré, le couple entraîne à sa suite le public dans une procession pour assister à l’effeuillage érotisé de la robe puis à la cuisson de pop-corn rapidement englouti par les convives. Ce qui compte aussi, outre l’aspect burlesque de cette performance joyeuse, c’est la portée écologiste de l’œuvre de Clélia Berthier qui rejoint les préoccupations de l’économie des circuits courts. Les maïs proviennent d’un champ mis en culture par l’artiste elle-même. Ainsi se dessine le portrait d’une artiste aux multiples talents : architecte d’intérieur, boulangère, menuisière, artisane briquetière, serrurière-métallifère, agricultrice, actrice. Portrait d’une artiste, issue du milieu rural influençant sa création, qui remet en cause la division du travail et valorise artistiquement l’idée de collaboration, d’entraide et de partage. Clélia Berthier se révèle aussi une artiste solidaire en distribuant lors de sa performance un tract co-signé5 dénonçant, suite aux coupes dans le budget de la culture par la présidente de la Région des Pays de la Loire, le licenciement économique de Bertrand Godot, le directeur du Centre d’art contemporain. Lui qui a soutenu depuis plus de 35 ans tant d’artistes régionaux et a rendu possible cette dernière exposition Beurre dur, Cœur tendre si festive.

    Philippe Szechter pour la revue 02, 2025

    1. La solution en trois lettres de la définition « Coeur tendre » présente dans le jeu des mots fléchés ; n’est autre que
    MIE puisque « tendre » se dit du pain nouvellement cuit.
    2. François Pluchart, Pop art & Cie : 1960-1970, Éditions Martin-Malburet, Paris, 1971, p 214.
    3. Rirkrit Tiravanija réalise en 1990 Sans titre (Pad Thaï) où tous les deux ou trois jours l’artiste élabore un repas
    thaïlandais qu’il offre gracieusement aux visiteurs. Le choix de matériaux alimentaires par les artistes n’est pas
    nouveau, de Duchamp avec sa Sculpture-morte en massepain en passant par Beuys avec Unschlitt et ses vingt
    tonnes de graisse de suif ou César avec Tête de pain (Autoportrait).
    4. Michel Blazy, Meg Boury, Fanny Gicquel, Louise Johansson Waite, Léo Moisy, Anna Paul, Michaela Sanson Braun
    et Darta Sidere.
    5. Victor Tetaz, Clélia Berthier, Meg Boury

    Beurre dur, cœur tendre

    79 rue marechal joffre
    44000 Nantes, France

    Tel. : 0611535081
    berthierclelia@gmail.com
    Website
    Instagram