Digitalisme réunit un ensemble d’œuvres explorant notre dialogue physique avec les interfaces numériques, cette interaction homme-machine qui passe par le contact digital. Le titre joue sur l’ambiguïté du mot «digital», qui fait se rejoindre l’univers prétendument désincarné des outils numériques et nos instruments les plus immédiats, les plus anciens : nos doigts.
Ce projet pictural naît d’une volonté paradoxale : comment aborder un univers dématérialisé qui nous donne l’illusion d’une évanescence des formes, d’une création auto-engendrée, par des techniques manuelles et traditionnelles — peinture, collage, gravure ?
Gravure
Toutes ces inventions graphiques qui composent notre environnement numérique s’ancrent dans une généalogie précise : c’est l’entreprise Xerox, connue pour ses photocopieurs, qui est à l’origine de la plupart des inventions visuelles et conceptuelles structurant notre interaction avec les ordinateurs.
Dans les années 1970, ses équipes de recherche ont mis au point le langage visuel que nous utilisons encore aujourd’hui sur nos écrans — innovations ensuite copiées et développées par Apple et Microsoft lors de la création des premiers ordinateurs de bureau, ce qui donna lieu à une plainte déposée par Xerox en 1988.
Cette histoire m’intéresse doublement : elle me permet de saisir et transformer ce matériau graphique devenu langage universel, pour le détacher de sa fonction et l’amener dans une dimension autre, oscillante entre abstraction et narration.
Mais elle révèle aussi une ironie fondamentale : Xerox, l’entreprise qui a fait de la copie son métier, s’est vue elle-même copiée. Traiter ce sujet par la gravure, technique de reproduction «première», crée une mise en miroir métaphorique.



