K-shirt, 1994

Laurent Moriceau

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Laurent Moriceau, «K-shirt», 1994, photographie : droits réservés
Laurent Moriceau, «K-shirt», 1994, photographie : droits réservés

K-shirt, 1994

Photographie argentique, photogramme, contre-photogramme

La carte se sépare de son territoire de référence, celui de la géométrie du corps dont la confection prend la mesure, pour construire un espace mental, un lieu de projections  en donnant forme aux sensations.

Avec K-shirt, Laurent Moriceau renoue avec la tradition des cartes morales du XVII ème siècle: carte de la coquetterie, de l’île d’Erotie, des chemins de la perfection, carte du Tendre de Mlle de Scudéry …

L’œuvre de Laurent Moriceau nous entraine à la frontière du calque et de la carte, au moment où l’imaginaire substitue à la rationalité de celle-ci  la présence d’un corps.

Elle introduit une réflexion sur la nature du corps contemporain comme s’il était pour l’individu un alter ego où se joue une forte esthétique des apparences (mode, body building, …) et où s’exprime une manière de faire société.

Elle suggère enfin la question de la perception physique des symptômes à travers l’image par résonnance magnétique (RMN).
K-shirt relève de cette autoconscience épidermique du corps contemporain en développant une esthétique du frôlement.

Hervé Thoby
Quimper, Mars 1999.

 

Sur le corps du modèle. Pour rester dans le domaine des possibles, sans en fixer vraiment les frontières, Laurent Moriceau décide plus tard de limiter son rapport au photographique à l’emploi détourné du papier sensible. Tout d’abord dans k-shirt, il découpe du papier photographique aux formes d’un modèle et le place, à même la peau, sous le vêtement. La lumière du jour filtrant à travers le tissu, la chaleur du corps, impressionnent le papier qui garde, une fois fixé, une trace, une “image” symbolique du modèle et, toutes proportions gardées, a valeur de relique à l’instar du Saint Suaire. Nous sommes déjà, comme ensuite avec Eva, Eva, dans la continuité de la tradition classique de la relation privilégiée entre l’artiste et son modèle.
Mais l’importance de cette expérience fondatrice pour Laurent Moriceau réside moins dans l’esthétique de l’image (sa qualité importe peu) que du côté de la dynamique du processus : l’artiste esquisse, par papier interposé, une caresse furtive sur la peau du modèle en mettant en œuvre la technique primitive du photogramme. Ensuite, la nécessité de l’existence physique de l’image s’est éloignée et a disparu même, au profit de la seule utilisation du papier émulsionné, vierge.

Jean-François Taddei

Extrait du livre d’artiste de Laurent Moriceau intitulé :
Les Perméables/Laurent Moriceau+Invités, 2002