Le mur commence ici

Chimène Denneulin

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Chimène Denneulin, «Le mur commence ici», photographie : droits réservés
Chimène Denneulin, «Le mur commence ici», photographie : droits réservés
Chimène Denneulin, «Le mur commence ici», photographie : droits réservés
Chimène Denneulin, «Le mur commence ici», photographie : droits réservés
Chimène Denneulin, «Le mur commence ici», photographie : droits réservés
Chimène Denneulin, «Le mur commence ici», photographie : droits réservés
Chimène Denneulin, «Le mur commence ici», photographie : droits réservés

Le mur commence ici

Galerie RDV Nantes

Ballade d’une jeune femme de Hébron.
Quelques rêveries à propos de l’installation de photos «Le Mur commence ici»,
de Chimène Denneulin, galerie RDV, Nantes.
«Puisque c’est du cinéma, on peut détourner une agression et créer un autre espace, comme un rêve pour déclencher une action différente, une contre-attaque», Elia Suleiman, à propos de Intervention divine.”
Quoi de commun entre Hébron, Bamako, San Francisco, Ramallah ou Mexico? Un palmier? Une voiture? Un mur ou une simple touche de rouge? Chimène Denneulin confronte les paysages, les portraits (de personne, de voiture) qu’elle réalise un peu partout dans le monde. Au lieu de montrer in extenso ses séries de photos prises en Palestine ou au Mexique comme le ferait un reporter, elle fait le choix de les court-circuiter en les mélangeant pour suggérer des rapprochements inattendus mais toujours pertinents. Comme le répète souvent Godard, rapprocher des images, c’est les faire penser. Opérés en fonction de critères à chaque fois renouvelés, ces rapprochements font surgir la réalité dans ce qu’elle a de plus contemporain. Car ils font écho à la mondialisation et à la manière dont cohabitent la culture globalisée et les cultures vernaculaires. Au jour le jour, comment ces deux types de cultures se marient-ils? Les choses sont toujours plus compliquées qu’il n’y paraît de prime abord.

Coiffée de son voile, une jeune femme – une étudiante – affirme sa culture musulmane. Le titre de la photo indique qu’elle vit à Hébron – en Cisjordanie, mais elle pourrait très bien habiter ailleurs. Elle porte un imperméable clair plutôt commun (j’ai presque le même) et surtout, grâce à un détourage Photoshop® sauvage revendiqué par la photographe, elle échappe à son contexte. Chimène Denneulin utilise fréquemment ce procédé qui confine au sabotage de l’outil graphique pour mettre en relief les figures qu’elle photographie. Grâce à cela, plutôt qu’une ville palestinienne en ruine comme on en voit presque tous les jours dans les médias, le fond d’où surgit la jeune femme de Hébron est un aplat rouge digne d’ une Marylin de Warhol. La couleur est d’ailleurs très présente dans les installations de Chimène Denneulin, pour isoler, rythmer, contrebalancer les figures, comme chez l’artiste canadien Ian Wallace par exemple. Sur cette photo, le fond rouge transforme la jeune femme voilée en une icone d’aujourd’hui.

A peu de choses près, elle pourrait vivre dans la rue située à côté d’elle, une rue de Bamako, que l’on situe en Afrique à cause de la chaussée boueuse. Mais les poteaux et leurs réseaux de fils électriques pourraient appartenir à de nombreuses villes du monde (à Los Angeles, ce sont presque les mêmes). La Mercedes garée de côté, le jeune asiatique avec son masque respiratoire, le t-shirt rouge de l’homme au premier plan viennent d’ailleurs. La population pourrait être celle d’un ghetto occidental.

La jeune femme de Hébron pourrait aussi habiter la grande bâtisse aux palmiers que l’on devine plus loin dans l’ombre d’un contre-jour.

Texte de Vanessa Morisset