Artistes
Adélaïde Gaudechoux : née en 1980 à Romorantin-Lanthenay, vit et travaille à Nantes.
Expositions personnelles
2025
- «Réfléchissantes», Centre d'art Labanque, Béthune
2025
- «Ecorces,lichen,merveille», Carte blanche, Ateliers Millefeuilles Nantes
2020
- «Aokigahara», La Gâterie espace de création contemporaine, La Roche/Yon
Expositions collectives
2026
- «Lueurs», Wave, Biennale des Arts visuels, Nantes
2025
- « Forgés par la nature», Une invitation de Barbara Earl Thomas, Millefeuilles, Nantes
Bourses, prix, aides
2025
- Bourse de recherche ADAGP
Publications, diffusions
2024
- «Collection », édition Grante Egle
Collection, 2025
Série d’objets peints à l’huile sur toile dans une polychromie étonnante qui se cantonne au déploiement large et subtil de teintes de gris, cet ensemble d’Adélaïde Gaudéchoux, initié en 2017 et présenté ici de façon lacunaire – comme toute collection, celle-ci est en reconfiguration/expansion permanente – est un genre de petit musée en soi. Un musée fait d’images d’artefacts, de pierres, de statuettes de périodes diverses, antiques, néolithiques ou temps géologiques, au choix.
Le temps a passé sur ces objets, entamant leur surface, déplaçant leurs corps de mains en mains puis de mains en musées ; dessinés, photographiés, imprimés, leurs images toujours drainées au-devant d’eux. Figés à jamais dans une seule gangue iconographique. Imprimant nos mémoires communes ainsi que nos imaginaires.
Dans un geste d’accaparement pictural, poussée par ce que l’on devine être une attirance profonde pour le minéral et les histoires respectives de ces trésors, Adélaïde Gaudéchoux produit un inventaire aléatoire et curieux. D’image en image, comme autant de pièces de musée, l’artiste nous convie à une visite d’un trésor très personnel. Et pourtant aussi tout à fait universel. Mais loin de se limiter à une simple énumération visuelle, cette Collection, subtilement, par un ensemble de procédés esthétiques – cadrage inhabituel, floutage, lumière particulièrement élaborée, entre mise en exergue et disparition – décale le regard et, d’une certaine manière, réinvente l’objet, nous en montre une autre facette.
Celle-ci pleinement dédiée au geste qui tend à représenter, ici en peinture ; à entrer dans la matière physique pour en tirer des gestes picturaux, une exploration des teintes, un jeu incessant entre la trame de la toile et la fluidité de l’huile. Plus on regarde cette Collection, plus on regarde ce qui la constitue, matériaux, fragments, textures, plus en vérité on s’en éloigne pour entrer dans l’écriture de la peintre. Mouvements de pinceaux, transparence, blancs éclatants, peinture brossée jusqu’à la corde…
Une collection en cache une autre, comme un jeu de poupées gigognes : les toiles dissimulées derrière les artefacts, eux-mêmes dissimulés derrière une image banale, une idée commune, que la délicatesse, la précision et la subtilité d’Adélaïde Gaudéchoux contournent majestueusement en renouvelant notre regard et in fine notre relation à ces trésors immémoriaux.
Andreas Lemaire
«En l’absence de paupières, elle voit flou, en dehors de la zone aveugle, elle voit bleu. »
Sur ce qui pourrait s’appeler un diorama de Daguerre.
Une toile verte qui selon ses mots « pique les yeux », un paysage de sous-bois, des
projecteurs qui inondent la toile d’un spectre lumineux en évolution subtile. Son
panorama peint est activée par la lumière, non pas par derrière dans la transparence de
la toile comme dans l’église de Bry-sur-Marne en 1842, mais par devant. Un spectacle
qui nous fait entrer dans le paysage en mouvement. C’est une image-piège qui nous
transporte ailleurs.
Dans un article de Guillaume Le Gall, paru en 2017 et révisé en 2018, il est question du
diorama aquatique. Suivant la pensée et les écrits de Théophile Gautier, Guillaume Le
Gall développe le parallèle entre diorama de Daguerre, aquarium et peut-être
fnalement exposition contemporaine. Théophile Gautier et Gérard de Nerval écriront
du diorama de 1844 nommé « Le déluge », un « grand attrait dramatique » , un
« mystère à grand spectacle, joué par les éléments » « c’est à l’eau qu’appartient le rôle
principal, c’est ce terrible élément de l’humide(…) » Cela revient à l’épineuse question
du liquide dans la peinture, de la représentation du fluide. La liquidité de l’aquarium et
le déluge du diorama se rassemblent en un point : le mouvement, dont l’eau en est
l’image.
Son dispositif vert est un fond d’aquarium, coloré, saturé de spiruline. C’est une
plongée dans une lumière liquide, dans une couleur diaphane. Elle en parle durant
l’échange que nous avons à propos de la pêche à l’anguille à laquelle elle participait
avec son frère et un de ses amis.
C’est une plongée dans l’obscurité et captée par des « lumières mystiques
inexplicables », je regarde son paysage. Elle raconte la préparation de la pêche, le trajet
pour y aller et le spectacle nocturne. Une série de tableaux qui s’animent avec les
souvenirs. La pêche à l’anguille c’est la nuit, car elle est lucifuge. C’est à dire qu’elle
aime les nuits sans lunes. Elle suit les astres.
Marjorie Leberre


