Artistes

Elodie Brémaud : vit et travaille à La Varenne.

Accès à :
  • travaux
  • textes
  • contact
Minute’ Seconde ‘ ‘

Minute’ Seconde ‘ ‘, 2016Gare Fort d'Issy Vanves Clamart.

Les manifestations solitaires

Les manifestations solitaires, 2013Maison des Arts de Malakoff

Elles t’attendront les fleurs !

Elles t’attendront les fleurs !, 2013Maison des Arts de Malakoff

Cycle de performances : Que s’est-il passé ?

La démarche d’Elodie Brémaud s’inscrit résolument dans le champ de la performance. Cependant sa pratique, qui relève de la prouesse et du record, entre en contradiction avec la définition de la « performance » artistique laquelle exclue le sens premier du terme en français. Si les défis qu’elle se lance sont bien réels, ses actions, très exigeantes physiquement, mettent en déroute les enjeux de la performance, tous sens confondus, et tournent ses logiques en dérision. Ainsi, faire 33 fois le tour de l’île d’Yeu, soit parcourir 1120 km en 33 jours, nécessitera six mois d’entraînement intense, lequel donnera lieu à une évaluation qui ne mesure pas ses réussites mais plutôt son état d’esprit et son humeur. En agissant seule et sans spectateur, mais aussi sans intention autre que celle d’exécuter ses expéditions et programmes sportifs, Elodie Brémaud occupe l’espace et le temps sans souci d’efficacité. A travers une réelle dépense physique, elle développe ainsi un art de l’improductivité qui permet d’établir des relations avec autrui et avec les territoires qu’elle parcourt.

Dominique Abensour

Episodes 1 & 2 : Le facteur Ulysse & Les Anormaux

Le 4 octobre 2015, le TOKEN CLASH, le bateau sur lequel s’étaient embarqués la plasticienne Elodie Brémaud et son coéquipier marin Eric Poiraud casse sa barre au large des Asturies, après quelques jours à peine de voyage. Ainsi s’achevait prématurément la tentative qu’ils préparaient depuis plus d’un an et qui devaient les mener jusqu’à l’Antarctique, au cours duquel l’artiste prévoyait de créer une bibliothèque mobile, réaliser des entretiens avec les navigateurs rencontrés en chemin, entretenir une correspondance avec le Frac des Pays de la Loire et poursuivre une réflexion qu’elle mène depuis plusieurs années autour de l’acte artistique.

Comble de l’ironie – ou sens de l’histoire ? – ce périple les menait sur les traces d’une autre expédition malchanceuse, celle d’Ernest Shackleton, explorateur malheureux qui chercha en vain à traverser à pied, un siècle plus tôt, l’Antarctique, et dont le bateau, l’Endurance, fut broyé par les glaces. De cette déroute qui dura finalement trois ans et dont il parvint à revenir sain et sauf avec ses hommes d’équipage, nous ne conservons que les images prises par le photographe du bord et les journaux personnels écrits par les membres de son équipage à sa demande expresse.

Ce sont donc bel et bien les traces d’un échec qu’on suivi les aventuriers, échec cuisant mais non dénué de sens pour une artiste qui n’a eu de cesse d’interroger l’économie paradoxale du geste artistique, la notion de défi sans autre enjeu que l’acte lui-même, la tentative comme non achèvement radical. Préparation, action, avarie, tels sont les trois premiers chapitres d’un projet qui, du point de vue du temps passé à la préparation rapporté au temps d’action, apparaît comme pure dépense, pur désastre. Aux trois premiers, Elodie Brémaud ajoute cependant un quatrième chapitre à son exposition au FRAC des Pays de la Loire, suivant en cela l’exergue de L’Eloge de la fuite de Henri Laborit :
« Quand il ne peut plus lutter contre le vent et la mer pour poursuivre sa route, il y a deux allures que peut encore prendre un voilier : la cape (le foc bordé à contre et la barre dessous) le soumet à la dérive du vent et de la mer, et la fuite devant la tempête en épaulant la lame sur l’arrière avec un minimum de toile. La fuite reste souvent, loin des côtes, la seule façon de sauver le bateau et son équipage. Elle permet aussi de découvrir des rivages inconnus qui surgiront à l’horizon des calmes retrouvés. »

Cette fuite a pris la forme d’un déroutage, à savoir une traversée de l’Amérique latine jusqu’à Punta Arena, au large de l’Antarctique, au cours duquel l’artiste a poursuivi ce qu’elle n’a jamais perdu de vue, à savoir le récit. C’est ce récit que les visiteurs sont amenés à découvrir dans la cale reconstituée du Token Clash, à travers les voix d’actrices, de vidéos, de diagrammes et de retranscriptions des réactions provoquées par le naufrage.

Julien Zerbone

→ lire la suite

Zurich