Aylan Kurdi, enfant de quatre ans, échoué mort sur une plage dont la photographie a ébranlé le monde aura réveillé les consciences. Combien d’enfants sont décédés avant lui et combien mourront en tentant de rejoindre l’Europe ? L’installation « Fuir » porte l’ambition de souligner notre responsabilité face à la cause migratoire et ses conséquences.
As-tu déjà fui par peur pour ta vie ou celle de ta famille ? Moi, non et je me sens incapable de ressentir cette peur. Mais, j’ai la certitude que l’imaginer sera toujours en deçà de la réalité. Tout laisser : tes biens, tes habitudes, tes repères… Mais surtout n’oublie pas ton âme ni ta liberté. Et la meilleure arme qu’il soit ne serait-elle pas la liberté d’expression ?
L’installation est constituée d’environ 250 formes de thorax d’enfant, à l’échelle 1, découpées au scalpel dans les cartes routières des 27 pays européens susceptibles d’accueillir des réfugiés. L’emploi du scalpel est loin d’être innocent. On le connaît comme outil chirurgical servant à découper et à ouvrir les chairs. Les découpes pratiquées dévoilent les côtes d’un thorax qui semblent surplomber les poumons cartographiés. Les thorax sont placés entre deux plaques de plexiglass offrant au spectateur la possibilité de marcher sur les dalles hexagonales jointes comme un carrelage. Celles-ci forment une très grande fleur de vie, symbole considéré comme sacré à travers le monde.
Le bruit des drisses sur les mâts des voiliers bercent ce macabre destin.
Lorsque je découpe dans les cartes routières de ces pays européens, je me remémore des bribes de leurs histoires où se croisent dans mes souvenirs, les persécutés ou persécuteurs, alliés ou ennemis, victimes ou bourreaux. Je veux par cette installation, rendre hommage à tous ces peuples qui fuient et qui disparaissent dans une eau devenue tombeau.


