Là. Ici. Ça commence. Une performance active l’exposition chorégraphiée. Nous sommes face à une plasticité de la scène, à travers le geste, l’installation, l’image. Regarder le passé pour recomposer le présent. Parler du temps qu’il fait, pour ne pas penser au temps qui passe.
Le corps devient le premier instrument. Différentes temporalités rythment la mise en scène, entre contemplation et activation, à travers les états de corps qui évoquent le contexte actuel. Le monde se mettait à courir, pour un semblant de liberté. Alors que les choses devaient ralentir d’un côté, elles s’accéléraient de l’autre. Sans masque, tenues fluos, lumière clignotante sur les chevilles, fronts suintants. Le jogging devenait le meilleur laissez-passer. Ils et elles sont les personnages de la fiction.
Des images aux aspects scéniques orchestrent l’histoire. L’exposition est guidée par des partitions, narratives ou dansées, réelles ou fictives. Cela questionne les temps de représentations, et ce qui se passe après, ainsi, comment garder une forme d’intensité, une forme d’énergie, entre l’aspect visuel et l’instant vivant.
Des corps et décors, un texte de Cynthia Gonzalez-Bréart (extrait)
Dans « Last night sans DJ qui save la life », il existe une approche égalitaire de la forme et la non-forme. Ce que Louise Porte nous montre dans ce qu’elle esquisse est aussi important que ce qui n’est pas donné à voir, ce à quoi nous n’avons pas accès. Il fait appel à d’autres sens. Les figures poétiques de la performance — Louise Porte et la danseuse Lucile Fond — qui s’est tenue ici sont tout aussi présentes, en dépit de leur absence. Bien qu’on ne les distingue plus, posant ensemble, habitant cet espace, elles ont laissé des signes évoquant ce qui a pu se passer là. Les « partitions » qui ont guidé les mouvements des danseuses, Déplacer le geste ; ce besoin tactile, les gants de céramique qu’elles ont portés ; les masques sculptés, ont tous été imprégnés par la logique de cette gestuelle, propre à la communauté éphémère que la performance leur a offerte. Ils ont été abandonnés là pour consultation, une archive de fragments. Si au milieu des décombres de la culture occidentale, patriarcale, standardisante, si nous ne pouvons plus nous fier à ce que nous voyons, si face à un mur de paroles inintelligibles (horror vacui ?) ; de quels outils épistémologiques pouvons-nous nous saisir afin d’imaginer et construire quelque chose de nouveau ?
Extrait de la performance :
-C’est beau
– (silence)
-On est bien
-(silence)
-On est bien?
-Oui. Oui on est bien.
-Même s’il ne fait pas très beau.
-C’est vrai.
-Même sans ça , on est bien?
-Oui
-Même sans soleil?
-Tout à fait.
-Tout à fait, c’est vrai, bien qu’il fasse frais, on est bien.
-(silence)
-Et je crois que c’est ce qui compte, après tout.
-Oui, après tout.
-Oui.
-Tu penses à quoi?
-A rien. Enfin, je sais pas vraiment. Pourquoi? Et toi?
-Pour rien. A rien. Je crois.
-Tu crois?
-Je crois que je pense à rien, oui. En effet.
-Tu crois que c’est vraiment possible ça?
-De quoi?
-De ne penser à rien?
-A rien?
-Oui, d’avoir la tête vide. Sans rien.
-Dedans?
-Oui, sans rien, dedans.
-Je ne sais pas. Je ne crois pas.
-Alors, (vide) tu penses à quoi?
-Je ne sais pas. Pourquoi, à rien, je pense.
-C’est compliqué quand même.
-Peut-être que non.
-Oui, peut-être que non.
-Oui.
-Ne penser à rien, ce serait en fait, penser à pleins de choses, sans s’arrêter sur une. Sur une pensée. Une idée, une chose. Une chose précise.
-Oui?
-Comme une cascade. On croit ne penser à rien, mais ça ne s’arrête jamais. L’eau continue de couler, pas forcément sous les ponts. Partout. Sans s’arrêter.
-Oui.
-Et cela continue, en permanence. On se demande d’où vient toute cette source. D’où est ce que ça sort. Comment est-ce que ça sort.
-C’est vrai. S’il faut que ça sorte vraiment.
-Comment ça?














