Artistes

David Michael Clarke : né en 1969 à Poole, vit et travaille à Château-Gontier.

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Chez Soi, Demain Maintenant

Chez Soi, Demain Maintenant, 2019Artothèque de Vitré

Madame Orain et la Mogette Magique

Madame Orain et la Mogette Magique, 2017La Cuisine, Nègrepelisse

Outside-In (avec Anabelle Hulaut)

Outside-In (avec Anabelle Hulaut), 2015CAC Le Carré, Château-Gontier

Fountain (Too High) & Chair (Too Big)

Fountain (Too High) & Chair (Too Big), 2005Ecole publique Jacques Brel (maternelle et primaire)., Soudan, Loire-Atlantique

Expositions personnelles

2022

  • «L’autre côté de la montage», La Maison des Arts, Aime-La-Plagne

2017

  • «The Stuff of Dreams», Musée Calbet, Grisolles, France

Expositions collectives

2019

  • «Chez Soi, Demain Maintenant», Artothèque de Vitré

2018

  • «Hôtel Dynamite», La Chapelle Saint-Jacques, Saint-Gaudens

2017

  • «La Cuisine centre d’art, Nègrepelisse», Madame Orain et la mogette magique
  • «Dedans-Dehors», Exposition des oeuvres de la collection du Frac Normandie Caen au Pavillon, Caen
  • «Maison Modèle», Exposition des oeuvres de la collection du Frac Normandie Caen au Radar, Bayeux

2015

  • «La Chapelle Fifteen», La Chapelle des Calvariennes, Mayenne
  • «Recto/Verso», Fondation Louis Vuitton, Paris
  • «Outside-In», Avec Anabelle Hulaut à Chapelle du Genêteil, Château-Gontier, France

2014

  • «Multiples #05», Galerie RDV, Nantes
  • «Roulez les mécaniques», Musée le Carroi, Hôtel de Ville, Collégiale Saint Mexme, Chapelle Sainte Radegonde. Chinon
  • «Commissariat pour un arbre 05», Quinzaine Radieuse #06. Piacé-le-Radieux
  • «Flying Black Cow Utopia Club #02», La Galerie du Dourven, Trédrez-Locquémeau, France
  • «Langue des oiseaux et coq à l’âne», Frac Bretagne, Rennes
  • «Flying Black Cow Utopia Club # 01», La Galerie du Dourven, Trédrez-Locquémeau, France

Résidences

2019

  • «Madame Orain et le Coco Paimpolais et Solarium Vitré», Mission avec l’Artothèque de Vitré

2017

  • «Sur les pas de Rudy et Gilles», Collège Sainte Thérèse, Saint-Pierre-en-Auge, Production Frac Normandie Caen.
  • «Solarium Mayenne», Ecole d’arts plastiques dans la ville de Mayenne

2015-2016

  • «Subterranean Duplex Solution», La Planésié, Castres, Dans le cadre des projets «Culture et Santé» l’Agence Régionale de Santé (ARS) et la Direction des Affaires Culturelles (DRAC) Midi-Pyrénées

2012

  • «Flying Black Cow Club», Afiac, St Paul Cap de Joux

2000

  • «Pisser contre le vent et Ceci n’est pas Fontenay-le-Comte», Fontenay-le-Comte, France

Des images, des objets, des espaces, des chansons...

Mon travail consiste en une recherche sur l’acte créatif, l’objet d’art, sa transmission, le statut de l’artiste et celui du public. Depuis quelques années, je joue librement dans un contexte réel qui dépasse souvent le milieu de l’art. Mes œuvres sont devenues des «invitations sculpturales» ; je fais régulièrement appel aux amis, à mon entourage artistique pour intervenir sur mes pièces ou dans mes expositions. Dans ces expositions, le public dépasse le statut du regardeur pour devenir un véritable protagoniste de l’œuvre dans un espace conçu pour un dialogue. Ma pratique est transversale et multidisciplinaire, et j’endosse tour à tour le rôle de l’artiste, du musicien, du designer, du commissaire et du scénographe.

Outside-In

Lorsqu’Anabelle Hulaut et David Michael Clarke concoctent un projet à quatre mains, ils l’ancrent naturellement dans le grand bouleversement des rencontres : leur rencontre avec l’art, leur rencontre amoureuse, mais aussi le rendez-vous de deux univers artistiques individuels, développés pour l’occasion en forme d’exposition complice. Soit un processus à la fois distant et intime, critique et émotionnel, qui a pour moteur l’interaction subjective, et se déploie à la façon des cadavres exquis, où chacun pose une idée, un geste ou un objet, sans projeter prématurément un plan définitif de l’ensemble.

Si l’on cherche d’autres analogies pour configurer mentalement l’expérience menée à la chapelle du Genêteil par ces deux artistes, l’image du parc à fabriques (1) vient à l’esprit : un paysage constellé d’objets (aux allures naturelles ou architecturales, ornementales ou sculpturales) qui par leur disposition et leur succession, assurent l’articulation des points de vue et ponctuent des circuits de promenade, des circuits de pensée. Ce type d’espace de délices (2), qu’animent la surprise et l’échappée vers l’imaginaire, entre en résonance avec le titre choisi pour ce projet : OUTSIDE IN, de l’extérieur vers l’intérieur, ou comment recréer au sein du lieu d’exposition une composition paysagère fantasmatique et dérivante. Car nous sommes bien ici dans la dynamique du glissement et de la métamorphose, quand les sentiers bifurquent et que les œuvres ricochent entre elles imprévisiblement.

Dans une douceur crépusculaire où le jour et la nuit se confondent autant que le réel et la fiction, le visiteur découvre un univers dont la poésie est celle du hasard, du paradoxe, et qui brouille les frontières entre l’objet d’art et l’environnement quotidien. Chaque oeuvre est une hypothèse d’évasion : des lampadaires Thorn-Holophane, anciennement installés dans la ville de Château Gontier, sont ici réinterprétés en sculptures modernistes ; un coin salon composé d’un canapé et de deux fauteuils déclinés en fer galvanisé et pin douglas, croise les pièces originales LC2 de Le Corbusier avec l’esthétique robuste du mobilier urbain. Ailleurs, la dalle au sol d’un panier de basket rappelle subtilement les bulles à six coques de Maneval, prototype d’unité d’habitation d’avant-garde…Entre intérieur et extérieur, chaque oeuvre met en scène son caractère hybride et mouvant, sa double nature référentielle.

Au-delà de ces références (Buren, Le Corbusier, Judd, Maneval, etc.) plus ou moins lisibles, il est souvent question du corps : le mobilier mais aussi une guitare posée là, un ballon prêt à rebondir fonctionnent comme des invites, des encouragements à habiter l’exposition de manière légère et inhabituelle. Le jeu est d’ailleurs l’un des ressorts de cette proposition artistique : un jeu de quilles mâtiné de boulier chinois côtoie certaines sculptures prélevées dans le Bois-Joli de Serge Danot, inventeur du psychédélique Manège enchanté, chatoyant dessin d’animation des années 60. Le jeu de piste semble aussi à l’honneur : que font donc ces lunettes sur ce bloc de granit rose, quelle investigation mène-t-on ici ?

Ces réminiscences d’enfance provoquent des mises en abyme d’un temps dans un autre temps, d’un espace dans un autre espace. Le Studio Sam Moore, sculpture pénétrable aux multiples ramifications, installe lui aussi une capsule d’espace-temps modifié au cœur de l’exposition. Conçu à partir de la chambre d’Ames, construite par l’ophtalmologiste américain Adelbert Ames Jr en 1946, le Studio Sam Moore permet de produire une illusion d’optique qui, par son effet d’étrangeté, convoque l’attention avec une force particulière. Observable autant de l’extérieur que de l’intérieur, la sculpture-cabane recèle des objets indices qui introduisent le visiteur au monde de Sam Moore, personnage de fiction émanant de cet espace en distorsion. Tout vacille (les repères et les échelles), et tout s’interpénètre (les espaces, les objets qui les peuplent et les personnes qui les ont créés).

Dans ce vaste jeu d’imbrications, la question du regard demeure centrale : l’énigme de la perception, l’instabilité des apparences, la notion d’image cachée ou de dualité de la vision. Moins théoriciens que «réceptacles de sensations» (3), Anabelle Hulaut et David Michael Clarke mettent en forme une joyeuse histoire de l’œil, pleine de rebondissements et de hasards objectifs, d’analogies formelles et poétiques. Dans cet art narratif basé sur une causalité magique, toutes les œuvres sous-tendent finalement l’interrogation suivante : où suis-je ? Que vois-je ? Qu’est-ce que je peux faire ?

Eva Prouteau, 2015

1 – Les premières fabriques apparaissent dans les jardins anglais au début du XVIIIe siècle et se répandent avec la mode des jardins paysagers.
2 – L’expression est d’Henri-Léonard Bertin, qui acquit en 1762 le domaine du seigneur de Chatou et y fit aménager durant deux décennies un parc extraordinaire.
3 – L’expression est prêtée à Cézanne par J. Gasquet in Cézanne, 1927, cité in Conversations avec Cézanne, éd. Macula, 2010, pp. 109 et 110 : «L’artiste n’est qu’un réceptacle de sensations»,»toute sa volonté doit être de silence.»

Hulaut & Clarke : Vide Poches

DMC : Il y a un an, la Communauté des Communes de Château-Gontier a inauguré une nouvelle médiathèque. Elle est située sur une grande avenue. Cela nous a fait pensé à l’implantation du Musée Guggenheim sur la 5th avenue à New York.

AH : On est passé de l’idée de la bibliothèque du 19ème siècle, avec ses rayonnages assez denses, à une médiathèque bien aérée en « open space », et ponctuée par des fauteuils de Ron Arad et de Verner Panton. Il y a aussi un espace dédié aux expositions.

DMC : Quant à notre proposition pour cet espace, il nous semblait évident de présenter les éditions et les multiples d’artiste. A titre personnel, nous avons déjà une quantité importante de ce type d’objets. Nous avons aussi collectionné plusieurs choses qui ne sont pas forcément des œuvres d’art, mais plutôt des choses éphémères qui auraient dû disparaître.

AH : C’était important pour nous de relier ce que nous avons récolté sur le chemin de nos rencontres artistiques et surtout de partager. Pour moi cela semblait essentiel de montrer le travail de mon père, car c’est lui qui m’a amené à l’art. Dans un esprit totalement libre, il aime secouer le saladier des conventions culturelles. A côté de ces grandes installations comme celle de la soucoupe volante à la Chapelle du Genêteil en 2012, il a toujours cultivé et semé son écriture de signes épidémiques sur tout type de support. Parmi les objets et éditions que nous avons choisi de présenter, il y a cette petite boite très personnelle de « L’oiseau-poisson-homme », réalisée en 1989 lors d’un séjour à Barcelone.

DMC : Je n’ai pas été confronté à des idées radicales sur l’art pendant mon enfance. Je suis venu à l’art par un chemin quasi conventionnel : j’aimais dessiner, j’aimais peindre etc. C’est seulement lorsque je suis arrivé à l’école des beaux-arts de Glasgow que j’ai commencé à découvrir l’interrogation sur l’art-même, que l’art n’est pas forcement quelque chose de noble comme un tableau sur toile, il peut aussi être quelque chose de pauvre comme une boîte d’allumettes. Avec des camarades comme Jonathan Monk, Ross Sinclair et David Bellingham, et sous l’influence d’artistes comme Pavel Büchler, j’ai pu sans cesse témoigner d’une expérimentation sur ces « petites formes », à la fois conceptuelles et à la fois « pop ».

AH : Après mes études à Cergy-Pontoise, j’ai travaillé à la Galerie du Jour Agnès b, et j’ai pu apprendre le fonctionnement du marché de l’art. Pourtant, pour moi ce qui comptait le plus a été la rencontre avec de nombreux artistes. C’est ainsi que j’ai rencontré Roberto Martinez, un artiste qui travaille rarement seul, ayant crée « l’Allotopie », une proposition de réseau d’intervention qui se greffe sur les corpus de la société (espace public, internet…). Il utilise les codes de propagande (affiches, fanzines, stickers) avec une approche poétique et pleine d’humour pour soulever les ambigüités du pouvoir, le déséquilibre dans la société et les enjeux conventionnels de l’art.

DMC : Avec mon projet « Post Gods », j’ai eu l’occasion de travailler avec Pierre Belouïn et Optical Sound. Pierre est un artiste plasticien et commissaire d’expositions, il gère une maison de disque, il édite une revue, et il produit des objets sans distinctions. Il ne fait pas tout cela à côté de son œuvre, c’est son œuvre, expérimentale et généreuse. Pierre est clairement « cerveau et cœur », d’Optical Sound et beaucoup sont des artistes, musiciens et graphistes à avoir collaboré à ce projet collectif. Ici il nous propose une version de « The Circulating Library », réalisée pour la première fois en 2008 avec la complicité de Claire Moreux & Olivier Huz. En effet ceci est une tentative à représenter quelques liens possibles, réseaux au sein d’Optical Sound en empruntant la forme d’une molécule complexe inspirée des croquis de Buckminster Fuller. Le principe de la pièce est constitué de toutes les éditions sonores du label depuis 1997 et est amené à prendre de l’ampleur d’années en années au fur à mesure des nouvelles sorties. Pour écouter l’intégralité des disques il faut détruire la composition, déconstruire les liens.

AH : Aussi présent sont « Ecart Production » et les « Editions Cactus », les projets des artistes Philippe Lepeut et Thierry Weyd respectivement. Ce sont aussi des initiatives généreuses comparables à celles d’Optical Sound. Nous avons rencontré Philippe Lepeut lors de notre Post diplôme à Nantes. Il a toujours travaillé dans le dialogue constant avec les différents acteurs de la création, et il lui a semblé que les objets filmiques des artistes n’étaient pas suffisamment vus. Pour palier à cela et en parallèle de sa pratique personnelle, il a développé Ecart Production, maison d’édition et de diffusion. De la même manière, Thierry Weyd travaille essentiellement en collaboration avec d’autres créateurs, souvent plusieurs à la fois. Face à la grande machine du milieu d’art, les Editions Cactus sont pour lui une manière d’établir une autonomie de petite échelle. Avec ses amis, à travers la musique, la performance, l’écriture, le design ou le bricolage, ses réalisations sont souvent discrètes et intimistes. Son dernier projet collaboratif, « Le conteneur » est une manière de colporter un travail artistique vers un nouveau public par le biais d’une rencontre, et d’une approche « do-it-yourself ».

DMC : Il ne faut pas que nous donnions l’impression que tous ces objets viennent de notre collection personnelle. Pour que nous puissions produire une exposition à la hauteur de nos ambitions, beaucoup d’artistes et collectionneurs privés nous ont aussi prêté des œuvres, comme tes parents, Robert Fleck, Bertrand Gadenne ou Elsa Tomkowiak. Finalement, il y a une soixantaine d’artistes présentés dans cette exposition. Nous avons aussi emprunté des éditions à plusieurs FRAC. De plus, le FRAC des Pays de la Loire et de Bretagne, nous ont prêté leurs archives du projet NCDGQAD (Nous cherchons des gens qui aiment dessiner) de Gilles Mahé & Jean-Philippe Lemée. Les archives sont assez importantes et ainsi nous avons voulu consacrer l’espace d’exposition du rez de chaussée à ce projet artistique et social.

AH : Cette pièce de Gilles Mahé et de Jean-Philippe Lemée, se situe vraiment à mi-chemin dans la continuité de Robert Filliou jusqu’à nous. Nous avons eu très envie de faire partager cette pratique qui touche à l’absurde, et qui est lié à un processus de travail et dans lequel le public a pu intervenir. Leur projet a consisté à développer l’enseignement de la pratique du dessin par correspondance. Ils ont imaginé et mis en place un véritable établissement pédagogique pour enseigner tous les codes de la représentation. Ils ont même crée une grille de notation et de correction. L’école a existé entre 1994 et 1997. Ce que l’on présente ici est une sélection des affiches qu’ils ont produites suite à chaque séquence de travail. Nous présenterons également dans une vitrine les différentes archives qui montrent tout le processus de cette mise en œuvre, les courriers d’échanges, les dessins réalisés par les gens, les outils et les recettes de travail.

Anabelle Hulaut & David Michael Clarke, mai 2015

L’autre côté de la montagne