Artistes

Romain Rambaud : vit et travaille à Nantes.

Accès à :
Arithmétique Aquatique

Arithmétique Aquatique, 2015Domaine de Certes, Audenge

Troplein

Troplein, 2014Atelier MilleFeuilles, Nantes

Ne me visite plus

Ne me visite plus, 2014Saint Quentin en Yvelines

Doubt of use

Doubt of use, 2014Sami Contemporary Art center, Karasjok ,Norvège

Sans titre

Sans titre, 2013Pollen , Monflanquin

Rubber

Rubber, 2013Episode 21 Galerie Genscher, Hambourg, Allemagne

Contrarié

Contrarié, 2012Ateliers de la ville en bois, Nantes

Trou noir et drague de rétine

Trou noir et drague de rétine, 2012Le Générateur, Gentilly

Table pour forme

Table pour forme, 2012Atelier Alain Lebras, Nantes

L’ensemble

L’ensemble, 2011Galerie RDV, Nantes

Binaire

Binaire, 2011Galerie RDV, Nantes

Vert c’est le paysage

Vert c’est le paysage, 2008Friche de la Belle de Mai, Marseille

Extrusion

Extrusion, 2009Vinaigrerie de Le Pellerin , Le Pellerin

Variation en scie

Variation en scie, 2009Domaine de Grand Boise, Trets

Expositions personnelles

2017

  • «OUÏR 6par4», Projet 576° Nord, collaboration entre la scène de musiques actuelles le 6PAR4 ,Laval et le centre d'art le Carré de Château-Gontier

2015

  • «Parc d’intérieur», Le grand Cordel, Rennes, DRAC Bretagne

2014

  • «Doubt of use», Sami Contemporary Art Center, Karasjok, Norvège
  • «Exposition fin de résidence», avec Simon Thiou, Pollen, Monflanquin

2011

  • «Du babel dans le banal», Galerie RDV, Nantes

2009

  • «Bête les aiment», Voyons-voir, Saint Jean du Puy, Aix en Provence

Expositions collectives

2023

  • «Ex Vitro», Evènement conçu par la SCROLL Galerie, cur. Wilfried Pasquier,Mya Finbow et Camille Velluet, Hall 1 et 2, Nantes
  • «Nuit Blanche Mayenne», Cur. collectif le Kiosque Mayenne
  • «Mamba Noir», Spectacle performé en co-réalisation avec Benjamin Thomas, les Ateliers du vent, Rennes

2022

  • «Nature on off», Projet TEE Trans European Express, Co-comissaires Guillaume Krick, galerie Eulen Gasse et Bepoet, Frankfurt, Allemagne
  • «Scrollophage», Les Rencontres photographiques d’Arles, Co-Comissaires d'exposition avec la Haos galerie et le Fond de dotation Katapult et la Sroll Galerie
  • «Platforms Project Art Athina», Foire d’art, Athènes, Grèce

2021

  • «Un été à Fontevraud», Abbaye royale de Fontevraud, cur. Emmanuel Morin, Projet soutenu par la région Pays de la Loire
  • «Mamba Noir», Scène nationale du Lieu Unique collaboration pour un spectacle performé avec Benjamin Thomas, Nantes

2020

  • «Utopies avant travaux», Théatre le Grand T, collaboration avec le scénographe Yohan Olivier, Nantes
  • «Platforms», Project Online 8th edition Art fair, Athènes Grèce

2019

  • «Off Artorama», Blockaus Escalette, cur. Le Collective, Marseille
  • «Expansion of consequences», Enia gallery, Cur.Guillaume Krick, Athènes, Grèce

2018

  • «Ilot leurres», 9 édition des Hortillonnages, Amiens
  • «On part vers 2317», Installation d’une sculpture sur l’aire d’accueil des gens du voyage de Vertou, projet d’atelier réalisé avec l’association Relais gens du Voyage et le FRAC Pays de la Loire

2017

  • «Limer l'etau», Galerie de L'UQAC, cur. AMV, Chicoutimi, Québec
  • «Platforms Project», Independent Art Fair Athènes, Grèce
  • «Ein off, merci pour la lumière», Chiffonier, Dijon
  • «Nobis», Espace Delrue, Nantes

2016

  • «Réveille moi», Prix des Arts visuels de la ville de Nantes, l'Atelier, Nantes
  • «On Auras Au Moins Tenu Jusque», Cur. MPVite avec Super, Nozay
  • «En Bonne Et Due Forme», Musée des Beaux Arts, Nantes
  • «Art Athena», Foire d’art contemporain, Athènes
  • «Archipel : Épisode 3», Back and Forth,IPN Toulouse
  • «Pour un éventuel voyage - Carte de séjour», Galerie GONGDOSA, Séoul, Corée
  • «Archipel : Épisode 2», Back and Forth, Galerie Le Praticable Rennes
  • «Artistes de la Casa Velasquez», Musée Dobrée, Nantes
  • «Archipel : Épisode 1», Back and Forth, Le Temple du goût, Nantes
  • «Pour un éventuel voyage - Carte de séjour», Yangpyeong, Gyeonggido, Corée

2015

  • «Por venir», La Casa Velázquez, Madrid
  • «L’hopus enchanté», Cur. Julie Laymond avec COOP, commande du département Gironde, Domaine de Certes
  • «So sang er pennt wachsam», Episode 21, galerie Kaskokondensator, Bâle, Suisse
  • «Art Athena», Foire d’art contemporain, Athènes
  • «Forêt de poche», Podenciel, théâtre de poche, Hédé

2014

  • «Nuit Blanche », Saint Quentin en Yvelines
  • «Sonitus Perterget, Silentium Malleis», MilleFeuilles, Nantes
  • «Trucville», Ecole des beaux Arts, Poitiers. commissariat Bertrand Godot
  • «Supermarket Art Fair», Stockholm, Suède

2013

  • «Episode 21», Gallery Lokal.Int, Biel, Suisse
  • «Hluku kefy kladiva ticho», Mille feuilles, Nantes
  • «Episode 21», Gallery Westwerk, Hamburg, Allemagne
  • «Sous un ciel variable», Pol’N, Nantes
  • «Guest, Back and Forth», Basic Space Dublin, Irlande
  • «Trucville», Galerie du Dourven, Trédrez-Locquémeau
  • «Visiotope», Le grand Cordel, Rennes

2012

  • «Table», Atelier Alain Lebras, Nantes
  • «Episode 21», Galerie Genscher,Hamburg, Allemagne
  • «Pousser la vis», Atelier de la ville en bois, Nantes
  • «Camping vor ort», Galerie Umtrieb et galerie K34, Kiel, Allemagne
  • «3 en un », La sculpture Le Générateur, Gentilly Paris
  • «Mémoires d'éléphants», L’Atelier Chateaubriand, Nantes

2011

  • «Ni Fixe Ni Fige», La grande galerie, maison de l’architecture, Nantes
  • «Que sera sera », Atelier Alain Lebras, Nantes
  • «Fragment de ciel», Evenement C’est sud, Voyons-Voir, Aix en Provence
  • «21min infusion», Pol’N Nantes
  • «Chantier autorisé au public», La madeleine, Nantes

2010

  • «Convocation au conseil des prudhomme», Hôtel particulier, Nantes
  • «Quadrature, Multiple #3», GalerieRDV, Nantes
  • «Tryptique», Galerie RDV, Angers
  • «[Accords]&[Desaccords]», Exposition de sculpture L’Atelier, Galerie RDV
  • «Jeune création 1951-2010», Espace Beaudouin, Paris
  • «Fait d'hiver», Atelier Alain Lebras, Nantes

2009

  • «Jeune création 09», Centquatre, Paris
  • «Artorama», Multiples Astéride, Marseille
  • «Dasein machend», MPVite, vinaigrerie du Pélerin, estuaire Nantes
  • «A l'ombre de la ligne», Voyons-voir, Trets
  • «Multiple Astéride», Galerie de la friche de la Bde Mai, Marseille

2008

  • «Welcome Home», Galerie RDV, Nantes
  • «Habiter», Le Grand Cordel collectif Podenciel, Rennes

2007

  • «Mulhouse 007», Jeune création contemporaine européenne au parc des expositions, Mulhouse

2006

  • «Plan d'évasion», Galerie Art&Essai, Rennes
  • «Zac», Ancienne cellule commerciale, Saint Jacques de la Lande

2005

  • «Zac», Ecole des Beaux-Arts de Rennes

Résidences

2023

  • «Mamba Noir», Spectacle performé, résidence les ADV Ateliers du Vents, Rennes

2022

  • «Mamba Noir», Spectacle performé, résidence à Libre Usine avec benjamin Thomas, soutenu par le Lieu Unique

2021

  • Résidence Intramuros, Abbaye royale de Fontevraud, cur. Emmanuel Morin

2017

  • «On part vers 2317», Atelier avec l’association Relais gens du voyage et le FRAC Pays de la Loire

2016

  • Résidence à la Casa Velàzquez, Madrid

2015

  • Résidence à l’école des Gantelles avec le Grand Cordel dans le cadre de résidence en milieu scolaire par la DRAC Bretagne

2014

  • Résidence The Iver Jaks au Sami contemporary art center, Karasjok, Norvège

2013

  • Résidence Pollen, Monflanquin

2010

  • Résidence à l’atelier Madeleine Champs de Mars, collectif Extra-Muros,Nantes

2009

  • «Voyons-voir», Résidence domaine de Grand Boise, Trets

2008

  • Résidence à Astéride, friche de la Belle de Mai, Marseille

2007

  • Conception de la cité chantier avec le collectif Podenciel pour un projet de Patrick Bouchain, Rennes

2006

  • Participation à l'événement  « Architecture Histoire en Cours » avec le collectif  Podenciel , Rennes

2005

  • Projet Palissade Amovible avec le collectif au campement Dromesko, Rennes

Bourses, prix, aides

2022

  • Institut Français/ Ville de Nantes, Francfurt, Allemagne

2018

  • Aide à la création, DRAC Pays de la Loire

2017

  • Subvention du consulat de France à Québec, Canada

2015

  • Prix de la ville de Nantes aux Arts-plastiques
  • Aide à l’installation d’atelier, DRAC Pays de la Loire

2014

  • Bourse d’aide à la création en arts plastiques, Région Pays de la Loire

2012

  • Subvention de l’Institut français, Kiel, Allemagne
  • Subvention de la région Pays de la Loire

2011

  • Bourse de OFAJ

Publications, diffusions

2021

  • «Catalogue du fond de dotation Katapult, Scroll galerie , réalisation Lalicorn»

2015

  • «Romain Rambaud, catalogue de résidence à Pollen, Monflanquin»
  • «Catalogue Mémoires d'éléphants»

2014

  • «Etre là, Edition la Fabrique Sensible, Voyons-Voir»

2012

  • «La Bretagne et les arts plastiques, Jean Yves Bosseur, édition du layeur»
  • «Catalogue 3 en UN la sculpture»

2010

  • «Catalogue galerie RDV 09/10»

2009

  • «Catalogue Jeune création au 104»
  • «Catalogue galerie RDV 08/09»

Workshops, enseignement

2011-2023

  • Ecole National Supérieur d’Architecture de Bretagne, Rennes, Maître de conférence associés, Champs des ATR, Art et Technique de la Représentation

2012-2022

  • L’Institut Supérieur des Arts Appliqués, Nantes, Enseignant en ARCM, Atelier Recherche Couleurs Matières, Bachelor Option Mode et Textile Design Durable

Écoles, formations

2020

  • « De l’idée au projet » CAP 44

2018

  • Cours de botanique aux jardins des plantes, Nantes

2006

  • DNSEP avec mention Art Beaux-Arts de Rennes

2005

  • MMU Manchester Metropolitan University Interactive Arts, Royaume Uni

2004

  • DNA Design Espace avec Félicitations du jury, EESAB, Rennes

2001

  • Ecole de Design Industrielle de Nantes Atlanpole

Arithmétique aquatique, Domaine de Certes

Les processus plastiques de Romain Rambaud s’articulent dans la contrainte; qu’elle soit gestuelle, déterminisme mécanique forçant la matière à s’ajuster sous une pression, ou intellectuelle, en s’appuyant sur l’histoire d’un lieu et de son fonctionnement, il « augmente » une facette de la matière et de l’espace.

Dans le cadre de l’Opus Enchanté l’artiste s’est intéressé au caractère anthropique du Domaine de Certes. L’homme par son action conserve la nature dans un équilibre artificiel, afin de permettre le maintien de la faune et de la flore caractéristique. Un écosystème fragile, « en suspens sur son devenir « (1).
Le Domaine de Certes offre ainsi des outils à la fois matériels -les plantes poussant in-situ- et immatériels : la dimension scientifique du site -la topographie du lieu mais aussi son rôle de réserve ornithologique -. Ces informations forment une matrice à travers laquelle se réalise l’installation.

De hautes structures géométriques émergent de l’eau, possibles perchoirs ou potences en kit, les côtes et mesures des tubes d’acier créent l’arithmétique et rappellent les longues pattes des échassiers. Des herbes sèches récoltées dans le marais, pressées et ficelées, représentent trois parties du domaine crées par l’homme; la délimitation du Domaine de Certes en bord de la grande digue,
la forme de peigne spécifique aux marais salants et enfin un morceau du domaine de Graveyron.  « Des fragments de cartographie du domaine, présentés dans une position précaire, suspendus au dessus de l’eau « .(2)

Installation miroir, les reflets changeants des structures dans l’étang renvoient à un lieu en constante évolution; en tension entre la contrainte humaine maintenant l’équilibre du domaine dans des conditions artificielles, et une nature en mouvement tentant de reconquérir son aspect initial, les marées prêtes à inonder le territoire. Devant ces installations, nous observons deux temps en regards, un présent stabilisé et un autre des possibles, trouble sous la limite aquatique.

Arithmétique Aquatique s’installe dans un bassin du conservatoire du littoral, vulnérable et en équilibre elle ouvre des fenêtres sur les conditions d’un marais à l’avenir fragile et incertain.

Camille Lapouge, 2015

1 et 2 : Propos recueillis auprès de l'artiste

Exposition fin de résidence à Pollen Monflanquin

Vois, cette branche est rude, elle est noire, et la nue
Verse la pluie à flots sur son écorce nue ;
Mais attends que l’hiver s’en aille, et tu vas voir
Une feuille percer ces noeuds si durs pour elle,
Et tu demanderas comment un bourgeon frêle
Peut, si tendre et si vert, jaillir de ce bois noir.

Victor Hugo

En résidence à Monflanquin à l’automne 2013, Romain Rambaud se promène dans les forêts avoisinantes et y pratique le glanage – une manière, pour lui, de travailler le territoire, rural, et d’œuvrer in situ. De ce patient travail de butinage, qui ravive aussi une forme d’économie parallèle populaire, il ramène d’importants morceaux d’écorce aux formes diverses. « D’habitude, je dessine d’abord. Là j’ai fait des pièces non dessinées à l’avance, avec cette écorce à l’aspect organique et aléatoire, et les formes des vieux meubles. » L’artiste perçoit en effet un lien entre ces écorces et les meubles un peu désuets de son appartement monflanquinois, ancien décor du film Un instant de Nino Laisné. Il « emprunte » alors à Pollen une chaise pour une première œuvre hybride, puis achète le reste de sa flotte à Emmaüs. Huche à pain, table de nuit, sellette, … constituent les bases de son étonnant cheptel de créatures mêlant mobilier et écorce. Si ces meubles ont rejoint la cohorte des bannis, c’est sans doute parce qu’au-delà de leur esthétique surannée, leur fonction a disparu dans les logements urbains contemporains : le pain n’est plus conservé en huche, les sellettes et petits meubles d’appoint ont laissé place aux armoires intégrées, aux équipements son/télévision, etc. La dimension esthétique importe aussi ici, car ces meubles récupérés ne sont pas les créations les plus innovantes du design passé, mais leurs versions populaires, « sans qualité ». Des meubles bâtards, en quelque sorte. Et les transformations opérées par Romain Rambaud ne s’apparentent que très superficiellement aux tentatives plus communes de transfiguration décorative. Elles engendrent en effet des objets-créatures extravagants dénués de toute fonctionnalité  : une petite commode en bois vernissé recrache un Alien d’écorce, des oreilles de planches ont poussé sur le plateau d’une petite table, la huche à pain vomit des langues d’écorce, … Ces chimères paraissent enfantées par les prouesses d’une imagination nourrie au coin du feu, les divagations mentales projetées dans les flammes du bois qui brûle. Et les « déchets de bois » sylvicoles renaissent ainsi de cette métamorphose et du croisement avec ces meubles résidus d’une vie passée.

Les hybridations semblent naturelles, et pourtant, elles sont forcées, alliances artificielles et formes contraintes. Les meubles ont été découpés, troués, fendus, écartés ; les écorces mouillées et contraintes, comme du bois de placage, ou éclatées en fragments de petites tailles. Romain Rambaud aime en effet « contrarier » les matériaux, comme il l’écrit lui-même, afin d’en saisir les forces internes. Dans Rubber, il avait ainsi créé une sculpture éphémère avec de grandes chambres à air de roues de camion, de tailles inégales, pressées les unes aux autres et enchâssées dans un sol de planches de bois découpée ad hoc. Il s’agissait là aussi d’un travail in situ, puisque l’œuvre s’invitait dans un ancien garage converti en galerie et encore doté de sa fosse de réparation. Les chambres à air venaient d’ailleurs, cependant ; Romain Rambaud jouait sur cette forme de recréation a posteriori, qui évoque dans un tout autre registre ces reconstitutions à l’ancienne de châteaux démeublés. Du faux qui sonne comme du vrai ; et qui altère le réel, puisque dans le cas de Rubber, la plaque de plancher fermant la fosse avait été chantournée, et rendue de fait impropre à son usage premier.

Dans ce lent travail des matériaux, il y a une forme de labeur qui rappelle les travaux répétés des champs, et cette « imprimerie de labeur » opposée aux « travaux de ville », plus légers. Romain Rambaud revendique l’adaptation de la force de travail à la temporalité des choses ; dans une de ses œuvres antérieures intitulée « Contrarié », réalisée en un temps court et avec peu de matériaux pour une exposition éclair, il avait inséré dans les fourches d’un transpalette huit lattes de bois formant une ogive quand le transpalette s’élevait. Dans sa version dublinoise de 2013, Contrarié #2 n’avait vu le jour que grâce au prêt gracieux du transpalette de l’hôtel. A Pollen, l’artiste prend le temps de collecter ces écorces, de les regarder, de les choisir, de les décoller des troncs, de les travailler, de les contraindre, de les couper, de les assembler, et de les coupler à des meubles sélectionnés. La durée de vie des sculptures est différente, aussi ; elles n’ont pas été dépecées après la fin de l’exposition, comme le sont souvent les autres oeuvres de l’artiste, mais conservées telles quelles, appelées à une autre vie.

Dans l’exposition de Pollen, ces étranges créatures sont sagement parquées dans des boxes individuels, chacune avec sa litière en copeaux (des résidus, sans valeur aussi, d’un travail du bois) . Romain Rambaud a en effet tapissé les quatre murs du white cube de la salle principale d’une deuxième peau en médium compartimentant huit boxes – une par animal, plus une vide. La palette de cette installation, exclusivement brune (marron même, de cette couleur tant à la mode dans les années 1970 et devenue depuis mal aimée et désuète), génère un sentiment d’oppression, très éloignée des stimulants intérieurs monochromes violets, verts ou oranges de Verner Panton. Sous un éclairage artificiel aux néons, transpirant des odeurs de forêt, de faux bois et de colle, l’environnement composé par Romain Rambaud fait tout autant penser à une porcherie industrielle (avec ses cloisons standard de 93 cm de hauteur), qu’à un zoo , un espace d’expérimentation scientifique ou même à une mini FIAC (les sculptures sont d’ailleurs présentées en démonstration, de guingois ou frontalement). Elles semblent en effet perdues dans des boxes trop grands, et posées en démonstration, avec une seule face visible. L’artiste aime prendre à revers les espaces d’exposition, les retourner pour en révéler les ficelles implicites, souligner l’artificialité des modes de présentation tape à l’œil2. Avec sa structure ouverte (le spectateur en perçoit immédiatement le découpage), cette architecture d’intérieur répétitive, carcérale, de monstration rappelle aussi deux créations du 9ème et du 7ème art réinventant l’art de la case comme espace hautement contraignant le plan au sol élevant des cloisons imaginaires de la gare parcourue par le Julius Corentin Acquefacques prisonnier de ses rêves de Marc-Antoine Mathieu, et celui de la Dogville de Lars Von Trier. Seul le compartiment vide donne d’ailleurs du jeu ; mais une marge toute relative, correspondant aux allées et venues des animaux d’un élevage, ou aux circulations de sculptures d’un lieu d’exposition.

L’ambiguïté de cet espace nous fait percevoir différemment l’étrange vestiaire que l’on retraverse dans l’autre sens. Nourris du surréalisme d’un Giacometti (on pense par exemple à son Vide-poches déjà rempli, ou à son Objet désagréable à jeter), le banc en planche de bois non praticable, et le porte-manteaux où est accrochée une écharpe en écorce nous basculent de l’autre côté du miroir. La frontière entre rêve et réalité se brouille ; et l’on relit ce parcage forcé comme une mascarade mobilière figée.

Camille de Singly, 2014

Variation en scie