Artistes

Sophie Keraudren-Hartenberger : née en 1990 à Fréjus Saint-Raphaël, vit et travaille à Nantes et Paris.

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Focus

par Pierre Fournier Le Ray

publié le 19.04.2024

Expositions personnelles

2024

  • «Infiniment III », Grand Huit, Ateliers Bonus, Nantes

2023

  • «Infiniment(s) II», Maison Des Arts Plastiques, Champigny-sur-Marne
  • «Infiniment», Galerie Mira, Rdv Art Le Voyage À Nantes, Nantes
  • «Materia», La Gâterie, Centre D’art Contemporain, La Roche-sur-Yon

2022

  • «Blooming», L’arsenal, Résidence De Recherche En Laboratoire, Besançon

2021

  • «Noir comme Venus», Muséum D’histoire Naturelle, Le Voyage À Nantes, Nantes

2018

  • «Still Snowing On Venus», Laboratoire De Planétologie Et Géosciences, Nantes
  • «Immersion», Maison Audubon, Couëron, Frac Des Pays De La Loire
  • «Fahrenheit 620», Cour Carrée, Couëron, Frac Des Pays De La Loire
  • «Mémoires Minérales», Mémoires Minérales, Frac Des Pays De La Loire, Saint-Nazaire

2017

  • «Extractions Paysagères», Frac Des Pays De La Loire

Expositions collectives

2025

  • «Nuit Blanche 2025», Académie Du Climat, Paris
  • «AAC#16», Art Au Centre, Belgique

2024

  • «Anatomie du vivant», Stéréolux, Nantes
  • «Éclats», L’Atelier, Nantes

2023

  • «73e Festival Jeune Création», Paris

2022

  • «18e Biennale Du Crac», Champigny-Sur-Marne

2021

  • «Des Mondes, D’ailleurs...», Ebabx Bordeaux

2020

  • «Vogues#2», Fort De Villès-martin, Saint-nazaire
  • «Festival Electropixel», Plateforme Intermédia, Nantes
  • «Les Utopiales», Cité Des Congrès, Nantes
  • «Brèves», Atelier Alain Lebras, Nantes

2016

  • «Expectation», École Supérieure Des Beaux-arts De Nantes Saint-Nazaire, Couëron
  • «Maison Rose», Collectif Open-it, Nantes

2014

  • «Turbulences», Galerie Dulcie, Nantes

2012

  • «Combinaisonxxl», Dulcie Galerie, École Supérieure Des Beaux-arts Saint-Nazaire, Nantes

Résidences

2022

  • «Ateliers Bonus», Nantes
  • «Résidence De Création Artistique», Frac Alsace, Saverne

2021

  • «Résidence De Création Artistique En Laboratoire», Bourgogne Franche-Comté

2020

  • «Le Pavillon, Résidence De Création Internationale», École Des Beaux-arts De Bordeaux
  • «Ateliers PCP», Saint-Nazaire

2018

  • «Résidence De Création Artistique En Laboratoire», Nantes Université

Bourses, prix, aides

2022

  • Aide Au Projet De Création, Arts Visuels, Nantes
  • Prix Théophile Schuler 2022, Présélection, Strasbourg
  • Lauréate, Prix Jeune Public Biennale Crac Champigny-sur-marne

2021

  • Aia, Lauréate, Drac Pays De La Loire, Nantes
  • Nominée Prix Cogedim De La Première Œuvre, Nantes
  • Aic, Lauréate, Drac Pays De La Loire, Nantes

Publications, diffusions

  • «Revue 303 « Jeux» Eva Prouteau : La Vie Rêvée De Venus»
  • «Beaux-arts Magazine : Château D’arsac, L’ellipse Spéculaire»
  • « Paris Art : Des Mondes D’ailleurs»
  • «Junk Page : Un Voyage Immobile», Didier Arnaudet, Drac Nouvelle Aquitaine
  • 2020

    • «Point Contemporain : Entretien Festival Electropixel»
    • «Artaïs : Les Futurs De La Matière»
    • «Slash Paris : Guillaume Benoît»

    2019

    • «Mp Vite : Still Snowing On Venus»
    • «Pôle Des Arts Visuels»

    2018

    • «Point Contemporain : Fahrenheit 620», Mémoires Minérales, Saint-Nazaire

    Collections publiques, acquisitions

    2022

    • Artothèque

    Workshops, enseignement

    2021

    • Appréhender L’infini, Place Au Dessin#3, École Des Beaux-arts Nantes Saint-Nazaire

    2020

    • Le Cabinet Des Merveilles, Le Grand Café, Saint-Nazaire

    2019

    • Place Au Dessin#2, École Des Beaux-arts Nantes Saint-Nazaire

    2018

    • De L’infiniment Grand À L’infiniment Petit, Une Notion Du Paysage, Frac Pays De La Loire, Nantes

    2017

    • De L’infiniment Grand À L’infiniment Petit, Une Notion Du Paysage, Frac Pays De La Loire, Nantes

    2015

    • Atelier Calder, École Supérieure Des Beaux-arts De Nantes Saint-nazaire

    Écoles, formations

    2016

    • DNSEP, École Supérieure Des Beaux-arts Nantes Saint-nazaire

    2011

    • Classe Préparatoire, Ateliers De Sèvres, Paris

    Les futurs de la matière

    Il y a quelques mois, alors que le monde et son industrie ralentissait, mis à genoux par un élément invisible, une interrogation apparaissait quant à la mise en repos des matières premières. Alors que les machines étaient à l’arrêt, que l’on avait cessé de creuser, de fondre et de couler,  que devenait alors la matière ? Ce que l’on avait pour habitude d’extraire, transformer et transporter était mis en vacances. C’était un retour à l’immobilité, partielle certes car les intérêts de l’économie sont toujours un peu plus forts que ceux de la santé publique.

    Ce repos imposé faisait résonner chez moi un double écho. Tout d’abord à Vibrant Matter : A Political Ecology of Things (2010), ouvrage de Jane Bennett qui s’attache à défendre un matérialisme vitaliste rebattant toute idée d’une hiérarchie entre les choses du monde. La distance entre les formes du vivant, l’humain et le non-humain, le vivant et le non-vivant y est bouleversée. Et par conséquent la perception de notre environnement ébranlée, vibrant d’une intensité nouvelle, celle de nos regards attentifs à ce que nous ne prenions jamais le temps de considérer.

    Dans la lignée de l’exercice de pensée vibratoire de Jane Bennett se trouvait ensuite le travail de l’artiste française Sophie Keraudren-Hartenberger.

    Cette pratique, rencontrée directement dans l’atelier de l’artiste, incarne en effet une incertitude contemporaine, celle que Jane Bennett déconstruit : la hiérarchie des formes du vivant et du non-vivant. Le travail de Sophie Keraudren-Hartenberger porte une attention particulière au minéral. Il convoque différentes étapes et une chronologie des éléments chimiques selon une poétique renouvelée. L’observation des pièces dans son atelier ne permet que rarement de discerner s’il nous est montré l’hypothèse d’une chose, son expérimentation ou un geste fini. Les œuvres semblent toujours être des états transitoires d’un élément naturel convoqué.

    Afin d’écarter tout de suite un présupposé sémantique des discours sur l’art contemporain, le travail de Sophie Keraudren-Hartenberger ne se situe pas « à la croisée de l’art et de la science ». L’artiste déploie des gestes empruntés parfois à la méthode scientifique, convoque des références et des outils issus de cette histoire, mais elle ne construit pas une connaissance à partir d’une expérience. Evacuons de suite (et peut-être pour toujours) l’idée que l’artiste devrait livrer des résultats. L’artiste présente des formes et ce au sens d’un ensemble de contours.

    L’intérêt porté pour le plomb et d’autres minéraux amène l’artiste originaire de l’Est de la France vers une pratique de la réinterprétation de leurs formes supposées. Si elle tend vers la recherche de son origine dans la série Galena, en présentant des modules de plomb dans leur forme la plus primitive, elle convoque aussi le lieu de leur transformation par la production et l’assemblage de modèles d’usines de la région nantaise, recouverts de chrome, or ou argent dans la série Diorama. Le geste pousse ensuite jusqu’à l’interprétation libre d’observations dans des dessins réalisés au charbon ou au graphite pour See Venus et Dust.

    L’artiste explore différents états de la matière dans une œuvre qui en devient tout aussi protéiforme. Installation, dessin, sculpture, vidéo et photographie sont autant de médiums que de moyens de figer un état transitoire des éléments. C’est une pratique de l’interstice, qui se glisse dans un moment, l’arrête et le met en lumière. La temporalité devient alors centrale. Le geste de l’artiste est envisagé comme un outil de mesure face à un temps très long, celui du minéral. C’est une rencontre paradoxale entre la finitude de celle qui fait le geste et l’infini des transformations possibles de ces matrices chimiques qu’elle explore.

    Sophie Keraudren-Hartenberger redessine les contours de ces éléments chimiques et dans la perspective des théories de Jane Bennett, tend à mettre ce réel minéral en vibration. Cette traversée des différents états de la matière proposés par l’artiste nous entraîne vers un autre temps, celui qui échappe encore à la science : le futur. Si la méthode scientifique nous permet d’éclaircir l’histoire des éléments, d’en connaître leurs variations présentes, qu’en est-il alors de leur futur ? C’est peut-être là le lieu de la poésie et de l’artiste.

    Guillaume Clerc, 2020

    Exposition "Fahrenheit 620"

    L’ensemble du travail de Sophie Keraudren-Hartenberger découle de l’approche du détail pensée par Daniel Arasse. Pour l’historien, la fonction du détail est de nous appeler, de faire écart, de faire anomalie dans une oeuvre. Le souci que l’on porte aux détails dans une oeuvre peut ainsi en modifier sa perception et sa lecture. De là, Sophie Keraudren-Hartenberger s’est tournée vers des questionnements d’ordre métaphysique. De la micro à la macro, elle nous propose d’interroger notre monde comme un tout, où chaque élément, chaque cellule, ne serait qu’une mise en abîme perpétuelle d’un autre pendant de ce monde à une autre échelle. Nous sommes confrontés à une conception matricielle de notre monde et à des questions philosophiques sur l’Homme et son environnement. Dans une approche quasi naturaliste et empirique, nous observons, écoutons, touchons le monde de l’invisible, de l’imperceptible. L’artiste nous rappelle que nous sommes quotidiennement confrontés aux limites de notre perception. L’infiniment petit et l’infiniment grand ne peuvent être appréhendés de manière directe. Nous passons généralement par l’intermédiaire d’outils, microscopes, télescopes qu’elle met d’ailleurs en scène dans ses expositions. Au delà du simple rapport purement formel, Sophie Keraudren-Hartenberger nous propose de questionner la matière et le temps. Le spectateur est amené à regarder de près, de loin, au-dessus, en-dessous, dans la lumière, dans l’obscurité. Ainsi, nous expérimentons autrement notre monde que nous croyions pourtant bien connaitre. Est-ce une pierre, du métal, une crête de montagne ? Une vue au microscope d’un relief de minerai nous apparait être un dessin de chaine de montagne. Ainsi ce qui nous paraissait jusqu’alors familier se mêle et se trouble jusqu’a nous faire douter de nos savoirs et de nos sens. Une certaine défiance est ici requise. Le monde qui nous entoure serait-il faux ? À l’image de cette galène factice dans l’exposition qui défie notre observation rigoureuse, et s’avère en réalité n’être qu’un facsimilé de glaise. Au travers de son triptyque d’exposition, Sophie Keraudren-Hartenberger nous confronte à la transformation de la matière, de la mine de plomb à sa forme originelle, la galène. Une histoire de la matière qui se joue des lieux où elle se donne à voir, du paysage à la mine de plomb, matière manufacturée jusqu’à revenir à Couëron ancien lieu de métamorphose, reconverti en lieu d’exposition. Finalement, ce que l’on croit voir n’est pas ou n’est plus. Cette histoire de la matière et de la transformation prend alors forme pour devenir une histoire du plomb antechronologique. Elle s’initie par une déclinaison de paysages à Derval, se poursuit par une approche scientifique à Saint-Nazaire et se termine par une réflexion sur la matière à Couëron. L’amour du détail a amené l’artiste à dérouler sa recherche sur le plomb non pas sur une exposition mais sur trois. Une fois encore, tout n’est qu’une question d’échelle et de perception.

    Antoine Pestel, 2019

    INTERSTELLAR Ré-imaginer la Terre
    Sophie Keraudren-Hartenberger, Life, Stereolux Courtesy de l’artiste ©ADAGP Paris 2024