Exposition « 55 Jours de confinement », 2020

Michaela Sanson-Braun

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Michaela Sanson-Braun, «55 Jours de confinement», 2020, 55 Jours de confinement, Vue d'exposition, photographie : Michaela Sanson-Braun
Michaela Sanson-Braun, 2020, 55 Jours de confinement, Vue d'exposition, photographie : Michaela Sanson-Braun
Michaela Sanson-Braun, 2020, 55 Jours de confinement, Vue d'exposition, photographie : Michaela Sanson-Braun
Michaela Sanson-Braun, 2020, 55 Jours de confinement, Vue d'exposition, photographie : Michaela Sanson-Braun
Michaela Sanson-Braun, 2020, 55 Jours de confinement, Vue d'exposition, photographie : Michaela Sanson-Braun
Michaela Sanson-Braun, 2020, 55 Jours de confinement, Vue d'exposition, photographie : Michaela Sanson-Braun
Michaela Sanson-Braun, 2020, 55 Jours de confinement, Vue d'exposition, photographie : Michaela Sanson-Braun
Michaela Sanson-Braun, 2020, 55 Jours de confinement, Vue d'exposition, photographie : Michaela Sanson-Braun
Michaela Sanson-Braun, 2020, 55 Jours de confinement, Vue d'exposition, photographie : Michaela Sanson-Braun
Michaela Sanson-Braun, 2020, 55 Jours de confinement, Vue d'exposition, photographie : Michaela Sanson-Braun

Exposition « 55 Jours de confinement », 2020

Le Grand Huit, Nantes Nantes sur une invitation de Collectif BONUS Exposition personnelle du 1er au 26 septembre 2020 commissariat Michaela Sanson-Braun

Pendant les 55 jours du premier confinement, l’artiste a réalisé 55 peintures d’une même scène observée depuis son salon : une cabane de fortune construite dans le jardin par ses enfants – un refuge fragile et un miroir imparfait des circonstances improvisées de la pandémie de COVID, une sorte de maison dans la maison. Réalisées sur des supports de fortune assemblés à partir de chutes de matériaux et de toiles de formats et de qualités variés, les œuvres reprennent ce même motif jour après jour. Elles célèbrent la cabane comme abri et point d’ancrage, tout en en faisant un point de départ pour explorer différentes références à l’histoire de l’art. À travers des variations de style, des citations et des transformations, la série devient une échappée mentale, reflétant les changements des mondes intérieurs et extérieurs. L’exposition réunissait l’ensemble dans une installation composite, à mi-chemin entre peinture et construction modulaire.

Texte par Frédéric Emprou:

Qu’il s’agisse de sculpture ou de peinture, la pratique de Michaela Sanson-Braun, procède de l’attitude réflexive à la fois sur le médium, son cadre et ses possibilités. Si la peinture chez l’artiste peut être souvent le lieu d’« une situation de peinture », ou d’un « défi pictural », tel qu’elle le décrit, il est à entendre ici, presque dans un sens iconoclaste et volontiers ironique, qui tiendrait du pari selon le contexte. À partir d’emprunts à l’univers de la société de consommation et une imagerie standardisée contemporaine, la façon dont Michaela Sanson-Braun manipule les effigies domestiques, participe de détournements qui mettent en suspens ou en crise les valeurs d’usage du regard. Entre analyse sociocritique, interrogation sur les rapports utilitaires et la fonctionnalité d’objets du quotidien ou d’un sujet déterminé, les productions de l’artiste allemande conjuguent expérimentations visuelles et ornementales, jeux de renversements et humour à froid.

Manière de raconter et documenter cet événement hors norme à la fois intime et quasi planétaire que fut le confinement, l’exposition 55 jours de confinement présente une sélection de sa série de cinquante-cinq peintures numérotées et réalisées par Michaela Sanson-Braun pendant le printemps dernier.

Témoignages de cette expérience d’isolement à domicile vécu par l’artiste, ces différentes vues quotidiennes de sa fenêtre de son salon proposent une déclinaison picturale du motif de la cabane relevant à la fois du dispositif et du protocole. 

Prétexte à la variation sur le même thème et l’exercice répétitif poussé jusqu’à l’épuisement et l’absurde, l’exposition 55 jours de confinement offre la mise en abyme entre une projection et ses représentations, les notions de fragment et de lieu figuré, de parallèles entre habitat précaire et état mental. Parce qu’elles sont confectionnées à partir de rebuts de bois de différentes tailles et factures, supports de fortune hétérogènes, l’ensemble des peintures de Michaela Sanson-Braun dessine aux murs une toile composite grâce à la mise en écho des pièces entre elles et leur circulation gigogne. 

Tel qu’il s’agirait d’un storage amovible et fictif, déplacé dans un white cube, l’assemblage des textures et des épaisseurs entretient le trouble entre l’idée d’installation et d’éléments modulaires, d’art brut ou d’art naïf, de mobilier et de surfaces peintes. De même qu’elle investit le répertoire des codes et styles picturaux de façon railleuse, Michaela Sanson-Braun questionne une certaine matérialité de la peinture et son accrochage dans l’espace d’exposition tout en suggérant l’infinité des combinaisons et des agencements possibles.

55 jours de confinement tient à la fois du geste plastique, de la donnée performative, du dérisoire et d’une logique de la prouesse menée avec mauvais esprit.

 

Texte par Cynthia Gonzalez-Bréart:  

La peinture est une énigme, un casse-tête, un problème à résoudre. C’est un écho de l’école d’art, d’un autre tableau, une liste de choses à faire ; un signe de la tête, un clin d’œil, un câlin, une lettre d’amour, une négation, un avertissement, un doigt d’honneur. Selon le jour, la peinture est un miroir ou une ouverture vers un autre monde, où seuls existent des points, des lignes et des surfaces; des taches de couleur sur un tapis. La peinture est un confessionnal, un ready-made, la recherche d’un signe dans une pléthore de mouvements artistiques historiques. C’est une échappatoire (temporaire) à la lourde responsabilité qui incombe à l’Auteur.  

Dans « 55 Jours de Confinement », la dernière série de Michaela Sanson-Braun, chaque tableau est une fenêtre ouverte sur l’état d’esprit de l’artiste à un moment particulier. Les titres ressemblent à des inscriptions dans un journal intime – c’est une main tendue au spectateur nous guidant à travers le grand Confinement de 2020. Le paysage que Sanson-Braun nous offre n’est pas inoffensif et paraît parfois même menaçant. Les Grands y sont cités (Kandinsky, Ernst, Serra, etc.), dûment reconnus puis remerciés.  

Par la fenêtre de son salon, Michaela Sanson-Braun conduit notre regard vers une construction équivoque et fragile – à la fois clubhouse, fortin et cabane, qu’elle n’a pas construite mais qui est le fruit des jeux de ses fils. Telle une Saint Siméon des temps modernes, l’artiste se positionne comme observatrice éclairée plutôt que comme créatrice. Le temps paraît ainsi suspendu et c’est finalement lui qui crée la forme. Vu sous cet aspect, cette expression d’une expression maintes fois réitérée est un appel à la vigilance, s’agissant de notions modernistes. (Ne nous laissons pas abattre !, Je n’arrive pas à me débarrasser de ce sentiment d’enfermement).

Point de secours dans un recours aux annales de l’histoire de l’art ; « 55 Jours de Confinement » fait allusion au fini, accédant ainsi à un certain optimisme. L’exposition nous mène à la peinture au sein d’un système de galeries dont les jours sont comptés mais dont l’influence ne s’est pas totalement épuisée. Le référencement à la corporalité du spectateur dans l’espace (les peintures sont suspendues à des hauteurs et angles variables) interroge le concept de White Cube et nous guide à travers un terrain vague évitant la classification et en remettant en question la fausse neutralité du mur de galerie. L’attention se focalise plutôt sur le sol (Je suis à genoux, ou Je suis atterré par ce problème !). Comme après une nuit trop arrosée, la verticalité devient un défi et la narratrice n’est hélas plus très fiable.  

Quel rôle prend le spectateur dans la peinture et quelle capacité d’agir (agency) peut-on lui accorder ? Qui voit quoi et pourquoi et dans quel contexte ? Vers quoi nous orientons-nous ? Ce sont quelques-uns des points d’achoppement dans le champ d’interrogations que nous ouvre « 55 Jours de Confinement ».