Ébrèchement échafaudage – solo show, 2018

Benoît Travers

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Benoît Travers, «Ébrèchement échafaudage – solo show», 2018, photographie : droits réservés
Benoît Travers, «Ébrèchement échafaudage – solo show», 2018, photographie : droits réservés
Benoît Travers, «Ébrèchement échafaudage – solo show», 2018, photographie : droits réservés
Benoît Travers, «Ébrèchement échafaudage – solo show», 2018, photographie : droits réservés
Benoît Travers, «Ébrèchement échafaudage – solo show», 2018, photographie : droits réservés
Benoît Travers, «Ébrèchement échafaudage – solo show», 2018, photographie : droits réservés
Benoît Travers, «Ébrèchement échafaudage – solo show», 2018, photographie : droits réservés
Benoît Travers, «Ébrèchement échafaudage – solo show», 2018, photographie : droits réservés
Benoît Travers, «Ébrèchement échafaudage – solo show», 2018, photographie : droits réservés
Benoît Travers, «Ébrèchement échafaudage – solo show», 2018, photographie : droits réservés
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Benoît Travers, «Ébrèchement échafaudage – solo show», 2018, photographie : droits réservés
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Ébrèchement échafaudage – solo show, 2018

Ateliers Bonus, Ville de Nantes

http://pointcontemporain.com/benoit-travers-ebrechement-echafaudage-ateliers-bonus-nantes/

Ébrèchement échafaudage: Le processus de martèlement de l’échafaudage se fait de haut en bas sur lequel les artistes sont installés. C’est une lente métamorphose d’un objet utilitaire en une structure fragilisée. Les corps et les objets sont impactés. Action réalisée au P.A.D à Angers en Mai 2018 avec Stéphan Riegel, artiste associé : 3 semaines.

être là / faire acte / être là d’un événement / maintenir une action / maintenant / répétitive / maintenant pour la durée / main tenant / un outil seul de relation / à la métamorphose / l’objet se soustrait / par le corps / par son ébrèchement / désoeuvrement / en creux / en impact / un déploiement / possible

 

BENOÎT TRAVERS, « ÉBRÈCHEMENT », © Clara Muller

 

Avec obstination, Benoît Travers martèle. Il martèle la matière, mettant son corps à l’épreuve des pièces de métal qu’inlassablement il attaque, coup après coup après coup, y laissant les traces irrégulières et répétitives – mille fois, dix-mille fois renouvelées – de son obstination à lui imprimer des stigmates. Mais le métal a la peau dure ; il ne se laisse pas (a)battre facilement. Si les coups de burin du sculpteur donnent forme à la matière, Benoît Travers s’attaque à la forme existante, la déforme, l’informe. Le geste, simple, unique, répétitif, vain dira-t-on peut-être, opère une métamorphose inverse à celle du sculpteur. L’objectif cependant n’est pas de briser mais d’ébrécher. Ébrécher volontairement, rigoureusement, continuellement jusqu’à la limite de la destruction. D’un geste maladroit faire un geste délibéré, maîtrisé. D’un geste destructeur faire un geste créateur.

Le matériel de chantier et le mobilier urbain parmi lesquels Benoît Travers choisit ses objets n’ont d’abord pas d’autre valeur que celle de leur fonction. Ils ne changent de statut qu’au fur et à mesure de l’intervention de l’artiste percussionniste. L’objet, trivial, utile, manufacturé, devient œuvre, résultat d’une épreuve de force sisyphéenne qui met à mal la robustesse des objets et fragilise leur structure. Reprenant les gestes rudes et avides qui arrachent la matière brute à la terre – des coups de pioche du mineur aux coups de hache du bucheron – l’artiste tranforme à nouveau la matière transformée. Les coups effacent la facture industrielle, lisse, géométrique, et donnent aux surfaces un aspect vibrant et sensible.

Le démantèlement des objets, le retour à des formes schématiques, intéresse également l’artiste dont le faire consiste en partie à défaire. Sous ses coups, les jerricans s’ouvrent et s’aplatissent, les boites à outils se disloquent, victimes des instruments mêmes qu’elles abritaient. Mais c’est autant dans leur forme que dans leur relation à l’espace que les éléments s’autonomisent. Les fragments déployés des boites à outils s’enroulent et s’agrègent pour s’ériger en un totem aux couleurs primaires ; l’échelle, rendue inutilisable, abdique sa fonction et s’horizontalise ; vestige de travaux achevés, un échafaudage chancelant continue de se dresser dans le vide, tandis que ses stabilisateurs, contraints par la force de passer d’une section ronde à carrée, semblent désormais supporter l’architecture – le gros œuvre dirait l’ouvrier – malgré leur évidente instabilité.

Sur la plate-forme de l’échafaudage, seule partie demeurée intacte, Benoît Travers présente la vidéo deVariations Wittgenstein, une performance à deux voix et quatre bras réalisée en 2017 avec l’auteur Stephan Riegel. De la documentation vidéo de ses performances, Benoît Travers fait des pièces à part entière. Filmées en caméra subjective par un dispositif de captation tractée aléatoirement au ras du sol, les images nous emmènent « au cœur de l’action ». Dans le cas des Variations, on assiste ainsi à l’ébrèchement d’une palette de bois qui retrouve, au rythme des coups, l’aspect et l’essence de sa matière d’origine, fibreuse, organique. Originellement accompagnée d’une lecture d’extraits du Cahier Bleu (1934) de Ludwig Wittgenstein – qui quitta un temps la philosophie pour se consacrer à la construction d’une cabane au fond d’un fjord norvégien – cette performance inaugurale du travail d’ébrèchement se présente comme une méditation par et sur l’effort physique.

Enfin, si les sculptures de Benoît Travers ne se conçoivent pas sans l’effort du corps, que l’on perçoit dans chaque impact, elle sont tout aussi indissociables du tapage qui préside – littéralement – à leur création et que l’on devine même dans le silence de leur restitution. Pour accompagner ses installations, l’artiste proposera aussi bientôt une performance sonore, comme un écho ré-activable du geste performatif. Percussions, sirènes d’alarmes manuelles et musique assistée par ordinateur se répondront dans une composition inspirée du procédé de déphasage inventé par Terry Riley et John Cage dans les années 1960-1970. Répétitions, étirements et compressions rythmiques : la matière sonore de la performance sera façonnée par les mêmes processus que la sculpture de l’endurance pratiquée par l’artiste. Ainsi, dans l’espace résonneront encore les coups, le prix de l’acharnement de l’artiste, livré à nos yeux comme à nos oreilles.

© Clara Muller, 2019.

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