Exposition-résidence What’s cooking?, 2026

Michaela Sanson-Braun

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Michaela Sanson-Braun, «Exposition-résidence What’s cooking?», 2026, photographie : droits réservés
Michaela Sanson-Braun, «Exposition-résidence What’s cooking?», 2026, photographie : droits réservés
Michaela Sanson-Braun, «Exposition-résidence What’s cooking?», 2026, photographie : droits réservés
Michaela Sanson-Braun, «Exposition-résidence What’s cooking?», 2026, photographie : droits réservés
Michaela Sanson-Braun, «Exposition-résidence What’s cooking?», 2026, photographie : droits réservés
Michaela Sanson-Braun, «Exposition-résidence What’s cooking?», 2026, photographie : droits réservés
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Michaela Sanson-Braun, «Exposition-résidence What’s cooking?», 2026, photographie : droits réservés
Michaela Sanson-Braun, «Exposition-résidence What’s cooking?», 2026, photographie : droits réservés
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Michaela Sanson-Braun, «Exposition-résidence What’s cooking?», 2026, photographie : droits réservés

Exposition-résidence What’s cooking?, 2026

Atelier Alain Le Bras Nantes sur une invitation de Ville de Nantes Réalisée lors de ma résidence à l’Atelier Alain Le Bras (30 mars - 30 avril 2026), WHAT'S COOKING? est une plateforme d’exposition évolutive située à la frontière entre atelier d'artiste et espace d’exposition. Construite progressivement tout au long de la résidence par fragments, gestes et accumulations, elle est restée en constante évolution. commissariat Michaela Sanson-Braun

Réalisée lors de ma résidence à l’Atelier Alain Le Bras, WHAT'S COOKING? est une plateforme d’exposition évolutive située à la frontière entre atelier d'artiste et espace d’exposition. Construite progressivement tout au long de la résidence par fragments, gestes et accumulations, elle est restée en constante évolution.

WHAT’S COOKING? est une installation en constante évolution construite progressivement par fragments, gestes et accumulations. Elle prend la forme d’une plateforme d’exposition qui se déploie à travers les différentes pièces du lieu et dialogue avec son architecture, accueillant peintures, structures, objets, fragments et œuvres recyclées.

Entre atelier d’artiste, espace d’expérimentation et lieu d’exposition, le dispositif brouille les frontières entre production et présentation des œuvres, entre scénographie et présence d’objets. Des éléments manifestement construits y côtoient d’autres plus indéterminés, laissant apparaître le lieu comme un espace de travail autant que comme un espace d’exposition.

En déjouant l’attente du spectateur face à l’idée d’une image finie, l’installation propose une autre manière d’aborder la peinture contemporaine – non comme un résultat achevé mais comme un processus en cours, inscrit dans un environnement de création plus large.

Les volumes et surfaces photographiques proviennent d’œuvres recyclées et transformées issues de mon exposition personnelle Other People’s Sunsets (2024), réalisée sur invitation de Bertrand Godot au Centre d’art contemporain d’intérêt national Le Carré à Château-Gontier, dont il assurait alors la direction artistique.

Un grand merci aux étudiant.es de la formation professionnelle continue de l’ENSA Nantes ainsi qu’aux étudiant.es de l’EBANSN, qui ont participé à la construction des structures d’exposition et des volumes photographiques tridimensionnels dans le cadre d’ateliers de scénographie.

Texte par Ilan Michel:

« Qu’est-ce que tu mijotes ? ». Cette phrase, Michaela Sanson-Braun a dû l’entendre bien des fois à la maison, alors qu’elle était en train de bricoler à l’atelier. En 1928, Virginia Woolf appelait de ses vœux la nécessité pour les femmes « d’avoir cinq cents livres de rente et une pièce dont la porte est pourvue d’une serrure, si l’on veut écrire une œuvre de fiction ou une œuvre poétique ». Près d’un siècle plus tard, cette exigence demeure d’actualité.

Michaela Sanson-Braun se souvient que l’atelier d’Alain Le Bras fut à la fois un lieu de création et un espace de vie. Le peintre et illustrateur nantais y a vécu jusqu’à sa disparition en 1990. À ce titre, le point de départ de cette recherche-création réside dans une série de peintures intitulée Women in the Kitchen (2022 – en cours) (dont une toile est présentée ici). Celle-ci s’inspire de la première cuisine intégrée au monde, conçue en 1926 par l’architecte Margarete Schütte-Lihotzky — la Cuisine de Francfort. Mais ici, cuisinière, évier en zinc et placard à casseroles volent en éclats, à la manière de l’explosion au ralenti de Zabriskie Point d’Antonioni, sur une B.O. de Pink Floyd. L’espace domestique est devenu une aire de jeu tout autant qu’un espace virtuel – les fans reconnaîtront peut-être ici les escaliers transparents du jeu vidéo Fortnite, ou encore des prises d’escalade…

Concrètement, l’installation prend donc la forme d’une construction bancale qui répond à la règle du « cocktail principle »  une recette qui change à chaque exposition. Dans le cas de l’atelier Alain Le Bras, la formule serait à peu près la suivante :

Dans un volume instable, versez une base d’ingrédients bruts : tasseaux, planches de bois, cartons et morceaux de mobilier domestique.

Incorporez ensuite quelques restes d’une ancienne exposition — ici, des éléments de Other people’s sunsets (Le Carré, Château-Gontier, 2024) : panneaux de placo nappés d’impressions pigmentaires des murs et des plafonds de la maison de l’artiste.

Mélangez le tout dans un grand shaker. Laissez refroidir.

Terminez en saupoudrant d’esquisses, de collages, de notes de travail, de brouillons et de peintures.

L’assemblage est un savant déséquilibre, à la fois rafraîchissant et acidulé, qui relève des Combine-paintings de Robert Rauschenberg et du Merzbau de Kurt Schwitters, construction que l’artiste allemand aménagea dans son atelier de Hanovre dans les années 1920 et qui envahit tous les étages de la maison. La force proliférante du travail de Michaela Sanson-Braun hérite donc des collages cubistes de Braque et Picasso, de l’esprit dada et de l’expressionnisme abstrait, le tout secoué vigoureusement par un esprit frappeur néo-punk. Spécialiste du chaos organisé, Michaela Sanson-Braun transforme progressivement l’atelier en environnement plastique. Si l’artiste propose ici une réflexion sur la peinture élargie, il s’agit surtout ici de sortir du cadre en construisant une situation picturale en perpétuelle transformation.

En 1958, Allan Kaprow publie « L’Héritage de Jackson Pollock » dans Art News, où il écrit : « Pollock n’a pas seulement réalisé de magnifiques peintures, il a aussi détruit la peinture. […] Le choix de toiles monumentales visait notamment à faire cesser la peinture murale d’exister comme peinture, pour devenir environnement. » L’année suivante, il nomme ces événements éphémères des « happenings ». Michaela Sanson-Braun fait de son atelier un happening permanent. Son crime n’est pas de « détruire la peinture », mais plutôt de « tuer l’ange du foyer » (Virginia Woolf) en remettant un peu de désordre dans un espace que la Ville a voulu transformer en white cube un peu trop propret.

Ilan Michel, avril 2026