les chantres, 2020

Blandine Brière

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Blandine Briere, «Les chantres», 2020, Briere, photographie : germain herriau
Blandine Brière, «les chantres», 2020, photographie : droits réservés
Blandine Brière, «les chantres», 2020, photographie : droits réservés
Blandine Brière, «les chantres», 2020, photographie : droits réservés
Blandine Brière, «les chantres», 2020, photographie : droits réservés
Blandine Brière, «les chantres», 2020, photographie : droits réservés
Blandine Brière, «les chantres», 2020, photographie : droits réservés
Blandine Brière, «les chantres», 2020, photographie : droits réservés
Blandine Brière, «les chantres», 2020, photographie : droits réservés
Blandine Brière, «les chantres», 2020, photographie : droits réservés

les chantres, 2020

Installation sonore en 12 points, transducteurs 12 plaques aluminium de 90X140 cm Cyanotype sur gélatine L'ATELIER NANTES sur une invitation de Prix des arts visuels 2018 Exposition INTER_ Dans le cadre du Voyage à Nantes 2020 commissariat Léo Bioret

Merci à

Solange Brière, Martial Brière, Margaux Brun, Marine Class, Khouma Gueye, Adrien Guigon, Chloé Jarry, Julien Laforge, Philippe Landreau, Christian Portron, Pierre-Alexandre Remy. Ainsi qu’à Melchior Delaunay, Alice Broilliard, Anna Ducauchuis, Sandra Telefunko

Avec le soutien du studio Audionaute

LES CHANTRES

Les chantres de Blandine Brière sont des pilotes de louanges ils chantent le ciel au manche de leurs machines volantes et lui chaque soir devant eux, se chante et se glorifie à travers les astres de la nuit.

Les chantres sont des spectateurs émancipés, dans la définition de Rancière, des menuisiers qui se désolidarisent de leur bras au moment du travail, au moment du travail ouvrier policé, se croyant chez eux, tant que le voyage n’est pas achevé. 

Un instant, le chantre arrête ses bras et plane en idées vers la spacieuse perspective, pour en jouir comme personne …

encore et encore baigné dans l’huile de vidange des moteurs Bréguets, Morane Saulnier, Stukas ou Block Mr 152. 

Ce heurt spectaculaire du regard marque un bouleversement de l’occupation de l’espace des compétences car le chantre s’empare de la perspective et du ciel, il définit sa présence dans l’au-delà, le là-haut delà, qui n’attend pas. 

Le chantre c’est le regard du chien, la conjonction de celui qui reçoit ressens le temps du vol et qui le transmet à son tour dans un regard indulgent. A l’image des premiers hommes qui s ‘élèvent en construisant les cathédrales, les chantres s’approprient l’esthétique du décor dans leur regards. 

Et maintenant, au cœur de la nuit comme un veilleur, il dé-couvre que la nuit montre l’homme : ces appels, ces lumières, cette inquiétude, (cette faute du sommeil). Cette simple étoile dans l’ombre : l’isolement d’une maison. L’une s’éteint : c’est une maison qui se ferme sur son amour ou sur son ennui. C’est une maison qui cesse de faire son signal au reste du monde. (à ceux, la haut qui volent) Ils ne savent pas ce qu’ils espèrent ces paysans accoudés à la table devant leur lampe : ils ne savent pas que leur désir porte si loin, dans la grande nuit qui les enferme”.

ST EXUPERY

Parce que la nuit contient Buenos Aires mais aussi toute l’Italie le pays basque et l’Arménie. 

Aucun chantre ne s’étonne plus que, d’un bout à l’autre de la ligne, c’est la même voute profonde.

Blandine Brière rend hommage à ses « chantres » et  propose une image empruntée aux livres d’histoire qu’elle cristallise dans une médaille. Elle utilise le cyanotype qui conserve l’empreinte par simple contact avec l’objet posé sur des supports préparés chimiquement. Une technique, au départ scientifique, mise au point en 1842 par l’astronome anglais John Frederick William Herschel. Blandine Brière fait les choix des matières: la gélatine est un matériau principalement composé de collagène, c’est la protéine structurale la plus importante de notre corps qui constitue notre peau et nos os mis au contact de la carlingue de leurs montures représentées par ces plaques de métal brossées. Pour l’artiste, la trace laissée par le cyanotype, cette trace évanescente, les portraits des premiers pionniers de l’aviation et de leurs premiers contrails dans le ciel, sont comme celles, peut-être, éphémères d’une œuvre dans un espace d’exposition. Blandine Brière travaille sur la spatialisation du son avec les 12 hauts parleurs, chacun diffusant un son particulier. Elle réalise le mixage sur place en prenant en compte la résonance, l’acoustique et l’espace de l’exposition. La création sonore accompagne ces héros d’applaudissements, de réprobation de foule, des rires de ces oiseaux solitaires et de silences finissant en queue de réverbération. 

La médaille est la récompense des humbles, des romantiques en écho avec cette technique ancienne du cyanotype, une récompense remise au gout du jour par cette oeuvre et pour cette exposition collective qui rassemble les prix de la ville de Nantes. Blandine Brière nous rappelle à la mémoire commune le travail de ces femmes et de ces hommes qui y ont laissé pour la plupart, leur peau sur la carène. 

Melchior Delaunay le 9 aout 2020