Artistes
François Brunet : né en 1965 à Angers, vit et travaille à Angers.
Ce qui retient mon attention, 2014Galerie RDV , Nantes
Fuite de sens, 2010Angers
C’est…, 2009Ecole des Beaux-Arts d'Angers
Expositions personnelles
2024
- «Intuition», Collectif BLAST, Angers
- «Le monde comme il va», Université de Cholet
2021-2022
- «Utopie chronique», Galerie 5, Angers
2014
- «Ce qui retient mon attention», Galerie RDV, Nantes
2012
- «La nuit divague», LE COLLECTIF, Angers
2009
- «C’est… », Ecole des Beaux-Arts, Angers
- «Sursis», CAUE de Maine et Loire, Angers
2007
- «Chantier intérieur», CAUE de Maine et Loire, Angers
2001
- Lycée David, Angers
2000
- Bibliothèque Universitaire d’Angers
Expositions collectives
2025
- «Les artistes qui pensent aux artistes», Galerie RDV, Nantes
2019
- «Écarts / Divers / Vielfältig / Anders», Cologne
Bourses, prix, aides
2014
- Aide à l’aménagement d’atelier (DRAC Pays de la Loire)
2011
- Aide au matériel (DRAC Pays de la Loire)
2010
- Aide au projet (Région des Pays de la Loire)
1997
- FIACRE (Ministère de la culture)
Collections publiques, acquisitions
2003
- Artothèque de La Roche/Yon
1999
- Artothèque d’Ang
1995
- Artothèque d’Ang
La nuit divague
Entrecroiser des champs avec une rage nécessaire pour tronquer dans nos habitudes visuelles, tel pourrait paraître l’un des objectifs de François Brunet. Le travail de modification des formes qui passe de la main à la machine pour revenir à la main relève d’une morale du plaisir qu’il me plaît ici de saluer : le manque d’assise est une qualité pour qui compose, décompose, recolle, décolle, « décolère» l’objet, recompose un paysage, invente une ligne de flottaison, en détruit une autre, laisse faire, repartage, redessine.
La photographie, l’ordinateur portent témoignages de dissemblances recherchées, aujourd’hui le dessin, la peinture accompagnent ces déplacements opérés dans des territoires improbables. Tout ici se détache et se projette, mystérieusement une forme change de taille, un trait se précipite vers une abstraction involontaire, le pinceau efface et révèle à la fois, la nuit divague, échappe au flou, bombarde.
Les fièvres noires qui coulent dans les veines des oeuvres sur papier de François Brunet transportent un peuple de fausses notes, architectures dissonantes que la peinture souligne de façon frontale et vénéneuse. L’hybride, ici, laisse courir les vents contraires. A l’envers noir d’une peau griffée par des fouets qui ne connaissent pas l’économie… Et se moquent des tentatives harmonieuses. Le champ réservé à la vision ressemble à ces couleurs rôdant dans les ombres et saisissant d’incessants battements. Le tableau parfois ressemble à un camp ravagé. Un personnage semble avoir été coulé dans ses partages géologiques.
François Brunet reconnaît dans l’emploi du stylo-bille sa capacité à fragiliser les formules apprises, le papier peut se trouver maltraité, la forme qui se mettait lentement en place soudain contrariée, un carré frôle ou fuit ses angles. Quand ailleurs l’agrandissement est utilisé, on retrouve ce désir d’écart. La machine (le scanner) certes décide mais ce qu’ajoute ou retranche François Brunet permet vigoureusement d’affirmer le déséquilibre. Faire de l’hésitation sa force, c’est aussi une histoire de morale.
Je reviens aux dessins, comme s’ils voulaient me livrer des confidences. La saturation les fait passer du noir au cuivre, au feu. Des objets apparaissent nés des mouvements nerveux qui ont pris possession de la feuille. « Jusqu’au dernier moment, tout peut arriver », me confiera François Brunet.
Je songe à une guerre. La réduction en bouillie d’un décor. L’objet n’a jamais été aussi entamé, entaillé. Le tableau à son tour est le fruit émancipé de ces combats et critiques.
Me revient un titre « Passé Présent Futur », comme si les images, lorsqu’elles rencontrent le corps, décrivaient des mouvements inapaisés. Comme si la couleur ne pouvait surgir que dans un arrachement. Je comprends la violence au travail, que je n’avais pas repérée d’emblée, le matin derrière des barbelés on enterre des signes. A la mesure d’une étendue de nuit. Une nuit inquiète.
Pierre Giquel, 2012
La peinture par ses marges
« J’ai compris que le seul bonheur était d’observer, de scruter son propre personnage, et celui des autres, de n’être rien de plus qu’un regard – je jure que c’est cela le bonheur. »1
Entreprise d’investigation amusée de la représentation, le travail plastique de François Brunet se développe à la manière d’une traversée des apparences et des supports, la tentative généralisée de perception d’un certain réel. Se présentant sous la forme de dessins et de tableaux, utilisant la photographie, la pratique de l’artiste s’appréhende à l’aune du déplacement de la donnée picturale qui s’opère notamment par des effets de projections et de reconstitutions aux consistances improbables. Orchestrant une tension constante entre abstrait et figuratif, François Brunet explore les dimensions spéculatives du cadre, à partir de ses photographies d’objets glanés du quotidien et d’un processus qui tient du transfert en deux dimensions. Rebus et fragments dérisoires, ces éléments vestiges deviennent la trame à un jeu prismatique avec l’idée de motif dans l’espace de la toile au moyen de rapports d’échelle et de perspectives. Focalisations paradoxales sur un plan, par le truchement de ces surimpressions allusives, lignes et formes se confondent dans un renversement entre apparitions, traces et contours vides, silhouettes, gommage et surfaces colorées. Utopies fantômes, lieux de nulle part, vignettes énigmatiques, les productions de l’artiste donnent à voir toute une cartographie d’images répercutées, oscillant entre absence et absurde, sensation de contingence et d’étrangeté. A la croisée entre données existentielles et esthétiques, la peinture devient ici l’endroit des significations tronquées et des inanités, de la mémoire des choses et de la vacuité du temps, des paysages interlopes et des reliefs évanescents. Parce que l’artiste revendique volontiers l’accident, la mise à distance et un certain aléatoire, au travers de ce protocole empirique et impersonnel, on pourrait parler d’une machine célibataire qui conjuguerait la mise au noir et l’œuvre blanche. Régime du neutre et interrogations circonspectes, à l’instar du personnage du Roquentin de Sartre, les titres des œuvres de François Brunet ont souvent à voir avec les notions de l’érosion et de l’épuisement du sens : Presque plus rien, Réservé, Le grand blanc… Datant de 2010, sa série intitulée Fuite de sens, donne lieu récemment à Sol non balayé, vie silencieuse, nature morte, ainsi qu’à Les oreilles, l’écoute, deux corpus de pièces montrés pour la première fois dans le cadre de l’exposition Collectif : point d’interrogations. Si l’artiste aime à citer Marcelin Pleynet et le titre de l’un de ses textes « la peinture par l’oreille », il faut voir sans doute une coïncidence de ce médium chez François Brunet, avec la faculté particulière que celui-ci a d’en approcher le langage et le silence, l’endroit des sources ou de la parole muette. Elucidation perpétuelle d’un réel, telle une instance d’énonciation, l’artiste déploie ses objets de peintures comme autant de manières de converser, autant de façons de sonder des frontières et d’en suggérer de possibles traductions.
Frédéric Emprou, 2011
1 Nabokov, Le Guetteur, Gallimard, Paris, 1930
33 rue Ravenel Angers
Tél. : 0612563613
brunetfrancois576@neuf.fr
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