Science vs fiction, 2009

Vincent Mauger

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vincent Mauger, «Château Millésime», 2009, Science vs fiction, Bétonsalon, Paris, photographie : Aurélin Mole
Vincent Mauger, «little travelling», 2009, Science vs fiction, Bétonsalon, Paris, photographie : Aurélien Mole
Vincent Mauger, «little travelling», 2008, installation vidéo, Science vs fiction, Bétonsalon, Paris, photographie : Aurélien Mole
Vincent Mauger, «Château Millésime», 2009, Science vs fiction, Bétonsalon, Paris, photographie : Vincent Mauger
Vincent Mauger, «Château millésime», 2009, Science vs fiction, Bétonsalon, Paris, photographie : Vincent Mauger
Vincent Mauger, 2009, Science vs fiction, Bétonsalon, Paris, photographie : Vincent Mauger

Science vs fiction, 2009

Bétonsalon Paris commissariat Mélanie Bouteloup et Hélène Meisel

Science versus fiction

10 avril – 6 juin 2009

Artistes : Christophe Berdaguer & Marie Péjus, Olafur Eliasson, Judith Fegerl, Ceal Floyer, HeHe (Helen Evans, Heiko Hansen), Guillaume Leblon, Vincent Mauger, Michel Paysant, Tobias Putrih, Ariel Schlesinger,
Alberto Tadiello, Luca Vitone
Scientifiques : Denis Bartolo, José Bico & Benoît Roman, Benjamin Haffner & Rémi Margerin

Commissaires : Mélanie Bouteloup et Hélène Meisel

« L’ima­gi­na­tion est tout aussi impor­tante dans les arts que dans les scien­ces. Les nou­vel­les décou­ver­tes, les nou­vel­les avan­cées dans les scien­ces, même d’un point de vue rétros­pec­tif, ne sui­vent aucun che­mi­ne­ment logi­que. Elles sou­lè­vent de nou­vel­les ques­tions, elles ouvrent la pos­si­bi­lité de nou­vel­les voies à explo­rer, tout comme le font de nou­vel­les créa­tions en art. [1] »

Dans le quar­tier encore en chan­tier de la ZAC Paris Rive Gauche, l’expo­si­tion « Science versus fic­tion » pro­pose d’arti­cu­ler archi­tec­ture, scien­ces et ima­gi­na­tion. Il s’agit de remet­tre en ques­tion l’inno­cence sup­po­sée des pra­ti­ques artis­ti­ques, l’abs­trac­tion de la recher­che scien­ti­fi­que et l’arro­gance des pos­tu­res archi­tec­tu­ra­les. [2] « Science versus fic­tion » pro­pose une appro­che prag­ma­ti­que de l’archi­tec­ture, par l’examen, l’expé­ri­men­ta­tion et la mise à l’épreuve de ses maté­riaux.
Pour ce faire, nous met­tons la limite à l’épreuve : la dis­tinc­tion objet d’art/objet de scien­ces s’annule au profit de seuls objets de recher­che, tes­tant les qua­li­tés phy­si­que et psy­chi­que du corps de l’habi­tant, les com­por­te­ments des maté­riaux et de leur mise en oeuvre. Les démar­ca­tions entre artis­tes, cher­cheurs, archi­tec­tes et ingé­nieurs tom­bent également, sous l’effet d’un recours commun aux sché­mas et modè­les réduits, bri­co­la­ges et essais intui­tifs. Le test ins­tan­tané comme l’expé­rience lon­gue­ment mûrie offrent l’oppor­tu­nité de décou­ver­tes inat­ten­dues, ainsi que le temps néces­saire à l’écoulement d’un pro­ces­sus, à l’appa­ri­tion de formes hasar­deu­ses et impré­vi­si­bles. Certaines oeu­vres de scien­ces et d’art se révè­lent être les moyens d’ouvrir une brèche dans ce que l’archi­tec­ture a de plus confor­miste, d’uti­li­taire et d’impra­ti­ca­ble.

Science versus fic­tion défend une appro­che sen­si­ble et indi­vi­duelle de l’archi­tec­ture. Ici en effet, « versus » signi­fie moins l’oppo­si­tion que le rap­pro­che­ment. Le titre de l’expo­si­tion est celui d’une oeuvre de Tobias Putrih, où des images ras­sem­blées par paires confron­tent figu­res de fic­tion et formes scien­ti­fi­ques (par exem­ple, la voi­ture Dymaxion de Buckminster Fuller versus le vais­seau de Startrek). Ces cou­ples libre­ment asso­ciés visua­li­sent les affi­ni­tés liant scien­ces dures et science-fic­tion. Afin de déce­ler ces libres asso­cia­tions, le test psy­cho­lo­gi­que et la métho­do­lo­gie scien­ti­fi­que seront nos outils de pré­di­lec­tion : se rap­pro­cher de la matière par l’ana­lyse, mais aussi, au moyen de recher­ches de phy­si­que expé­ri­men­tale, appuyer la cons­truc­tion plas­ti­que sur des tests de résis­tance des maté­riaux ou de méca­ni­que des flui­des… L’étude du molé­cu­laire, vec­teur d’une com­pré­hen­sion d’ensem­ble, favo­rise une récep­ti­vité accrue à l’invi­si­ble, l’imper­cep­ti­ble, l’impon­dé­ra­ble. Alors, Science versus fic­tion, en exploi­tant la portée de phé­no­mè­nes natu­rels et d’obser­va­tions scien­ti­fi­ques remar­qua­bles, rêve la pos­si­bi­lité d’une archi­tec­ture autre, assi­mi­lant notre expé­rience sen­si­ble et sen­si­tive du monde : orga­ni­que, active, réac­tive, indi­vi­dua­li­sée, éphémère, per­fec­ti­ble, pré­caire par­fois… Ni néfaste, ni béné­fi­que, une archi­tec­ture aussi ins­ta­ble et impré­vi­si­ble que le pré­ci­pité d’une réac­tion chi­mi­que.

Science de l’expé­rience et de l’empi­ri­que, le bri­co­lage de l’habi­tant-usager nour­rit aussi cette pra­ti­que décom­plexée du « fait maison », du low tech. À « l’archi­tec­ture des archi­tec­tes », aux maquet­tes high-tech et simu­la­tions vir­tuel­les, nous pré­fé­rons reconsi­dé­rer l’ingé­nio­sité du bri­co­leur à ins­tal­ler, amé­na­ger et répa­rer, en ama­teur. Revenir à des stades plas­ti­ques pré­pa­ra­toi­res, moins spec­ta­cu­lai­res, mais plus concrets : des objets à expé­rien­ces, vision­nai­res ou ratés, fan­tas­més ou uto­pi­ques. Comme un voyage dont la des­ti­na­tion importe moins que le trajet, la vali­dité des objets conçus importe moins que la ten­ta­tive de leur fabri­ca­tion.
L’ima­gi­na­tion du pro­me­neur, récep­tive au détail et à l’inci­dent, sujette au rêve et au sou­ve­nir, s’avère tout aussi capa­ble d’appli­ca­tions concrè­tes via­bles. De même, la sub­jec­ti­vité de l’indi­vidu par­ti­cipe de son appro­pria­tion de l’espace urbain. Nous reconnais­sons ainsi à l’uti­li­sa­teur un savoir empi­ri­que, une ima­gi­na­tion sen­si­ble et des dis­po­si­tions cri­ti­ques consi­dé­ra­bles. L’habi­tant en proie au déter­mi­nisme de l’urba­nisme, se révèle aussi en prise de l’amé­na­ge­ment de son ter­ri­toire. Selon Yona Friedman, « C’est au futur uti­li­sa­teur qu’appar­tient légi­ti­me­ment le pou­voir de déci­sion [3]. »

L’urba­nisme condi­tionne des com­por­te­ments et génère des émotions, en cela, c’est aussi une science de la sen­si­bi­lité. Le Corbusier écrivait : « L’archi­tec­ture, c’est, avec des maté­riaux bruts, établir des rap­ports émouvants [4]. » Certaines archi­tec­tu­res, pour­tant nées de désirs uto­pi­ques, se sont avé­rées invi­va­bles ou anxio­gè­nes. Le quar­tier de la ZAC Paris-Rive gauche, amé­nagé selon le prin­cipe de Portzamparc de l’îlot ouvert, peut sem­bler froid et peu accueillant à vol d’oiseau : rec­ti­li­gne, gris et cubi­que. L’expo­si­tion aura pour ambi­tion de sup­plan­ter la focale aérienne par un rap­pro­che­ment phy­si­que et sen­si­ble per­met­tant de voir à nou­veau les bâti­ments comme des « objets à réac­tion poé­ti­que » selon les termes de Le Corbusier.

 

Notes

[1(Israël Rosenfield dans Que diriez-vous d’un supplément devie ?, cat. expo. Berdaguer et Péjus [Le lieu unique, Nantes, 28janvier au 26 mars 2006], Nantes, éd. Le lieu unique, 2006)

[2(Israël Rosenfield dans Que diriez-vous d’un supplément de vie ?, cat. expo. Berdaguer et Péjus [Le lieu unique, Nantes, 28 janvier au 26 mars 2006], Nantes, éd. Le lieu unique, 2006)

[3Yona Friedman, Pour une architecture scientifique, Belfond, Paris 1971.

[4Le Corbusier, Vers une architecture, ed. Flammarion, Paris 1995. Edition originale publiée en 1923.