Artistes

Julien Quentel

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cayenne

cayennePauline Perplexe, Arcueil

l’instant, le seuil, le segment, l’unité

l’instant, le seuil, le segment, l’unitéNight_time_story, Los Angeles

Wrapped/unwrapped

Wrapped/unwrappedZoo galerie, Nantes

shapes, angles, colors, volumes

shapes, angles, colors, volumesMillefeuilles , Nantes

cayenne

J’aimerais ne pas enfermer cette exposition dans une quelconque humeur à travers mes mots. Je déteste ça, ces textes d’exposition ampoulés d’émotions, qui surjouent avec force d’effets ce qui devrait se jouer ailleurs. Je déteste ça presque autant que quand on me dit ce qu’il faut voir, ou plutôt, ce qu’il faut comprendre à travers ce je que je vois – comme ci c’était ça la question, ou l’enjeu, bref, le but à atteindre.

On peut donc s’en tenir à quelques informations stables : l’exposition s’intitule Cayenne : c’est le nom de la chienne du garagiste, juste à côté de la maison. C’est aussi le nom d’une ville, d’une voiture de luxe et d’un piment. Quatre sculptures, de nature et d’échelle différentes y sont installées. Elles ne semblent pas entretenir de relations particulières avec les éléments listés ci-dessus, mais s’il vous prend l’envie d’en faire émerger, personne ne vous jugera. Sans trop entrer dans les détails, vous remarquerez que l’espace (le lieu dans sa globalité, ce qui lie ou éloigne les pièces entre elles, ou avec nous) a été traité avec considération – c’est un aspect non négligeable de la pratique de l’artiste. Pour le reste, j’aime que ses pièces mettent toujours en échec ce que l’on pourrait vouloir en dire. Cela tient à leur relative pauvreté je crois. Au fait qu’elles se donnent à voir sans aucun artifice, mais peut-être pas sans pudeur.

Je ne souhaite pas laisser ma lecture contaminer la fin de ce texte, mais il est évident que dans cet équilibre, quelque chose me bouleverse.

Franck Balland

l'instant, le seuil, le segment, l'unité

Les tubes
seuils de l’espace,
laisse-moi traverser
me le permettras-tu ?

Autorise le moi
Est-ce la bonne distance ?

C’est une distance
devant laquelle je suis
la sculpture est-elle encore et plus que jamais une question de frontalité ?
Et Los Angeles,
A quoi ressembles-tu maintenant ?

pièces de monnaie, jetons, rondelles, boutons de pantalons,
tous ces restes laissés,
considèrons les, Ici, je suis
Existe-t-il une relation entre équilibre et précarité ?

De quel côté de la ligne suis-je ?
suis-je capable de marcher en ligne droite ?
la circulation de l’argent a-t-elle à voir avec la circularité des pièces de monnaie ?
la valeur d’échange,
la transaction,
la croyance en
l’objet d’art
des boutons de pantalon comme des rondelles comme des jetons comme des pièces de monnaie comme

L’espace comme l’appareil photographique
la photographie et la sculpture
déja ensemble

l’analogie,
la fenêtre, le diaphragme,
la porte, le capteur
Basiquement, les objets sont placés près de la fenêtre,
les tubes à l’entrée des pièces

Les chaussures appartiennent à l’homme et à la femme, ensemble
l’os du poulet,
le ballon du basketteur,
la combinaison de plongée suit la ligne de flottaison,
mes pensées

les mêmes objets en des lieux différents affirment la répétition,
Et qu’en est-il du faux-raccord ?

différents moments, je pensais,
l’unité,
questionné par la photographie,
questionnant le photographique

l’émergence de l’œuvre
la dégradation de l’espace

l’instant,
le seuil,
le segment,
l’unité

julieen quentl

The concrete world, the eternal idea

 

Déjà présenté l’année dernière à Zoo galerie dans l’exposition collective wrapped / unwrapped où il avait présenté plusieurs pièces, Julien Quentel revient cette année en solo à Zoo galerie où il occupera l’ensemble de la galerie et du patio de Delrue.

La pratique de Julien Quentel s’attache plus au dénuement des objets qu’à leur côté séducteur, l’artiste s’ingéniant à révéler par de subtils traitements et déplacements, parfois à la limite du visible, des directions inattendues. Une des trois pièces présentées l’année dernière, Hermès retrouvé, faisait autant référence à une mythologie disparue qu’à sa récupération par une célèbre marque d’accessoires, croisant discrètement, grâce à l’usage de l’adjectif retrouvé, l’orbite proustienne : cette pièce résumait la « méthode » Quentel qui suggère un récit complexe concernant les œuvres qu’il élabore, inversement proportionnel à la longueur de leur titre, révélant l’ampleur insoupçonnée de leur construction, soit une espèce de « storytelling de l’objet ».  Sa Shoebox in Red Vermillon participait du même principe, les titres de ses pièces font penser à des titres de livres, ils esquissent des histoires énigmatiques et se moquent au passage des marqueurs de la mode : le vermillon de la boîte de chaussure dont il est question renvoie aux fameux souliers dont s’affublent les stars lorsqu’elles arpentent la célèbre moquette lors des jours de festival, mais le rouge de la boîte de l’artiste reste invisible, à l’état de fantasme visuel —contrairement aux dessous des escarpins qui doivent apparaître par intermittence pour mieux exciter la foule des commentateurs— il reste ici confiné dans un secret que seul le langage trahit. Le vrai luxe c’est de pouvoir s’abriter derrière le verbe. En revanche pour l’exposition à Zoo galerie, et comme pour contredire tout ce qui a été dit auparavant, les pièces exposées ne portent pas de titre, l’artiste voulant déjouer cette destination précise, trop précise, qu’assigne un titre à une œuvre. Cela fait partie d’une réflexion sur le statut des œuvres que nous avions déjà évoquée dans l’exposition wrapped/unwrapped avec l’idée que ces dernières ne sont jamais complètement achevées, qu’elles sont toujours en transit, que ce qui est montré dans une exposition n’est que l’état d’une pièce ou d’une réflexion artistique à un instant t (partant aussi du constat que la majeure partie de sa « vie », l’œuvre d’art, si elle n’est pas achetée et déployée sur le mur d’un collectionneur ou la cimaise d’une collection permanente, restera emballée dans du bullpack et stockée dans une réserve…). Cela n’empêche que les nouvelles pièces de The Concrete World, spécialement produites pour l’occasion, prolongent cette idée de récit induit par leur forme et leur charge d’objets du quotidien, et qu’une modification mineure, un ajout, une repeinte, une « rigidification » peut soudainement transformer leur destination première, les métaboliser différemment. Ainsi de ce tuyau d’arrosage jaune « verticalisé », arrêté brutalement à 10 cm du sol, suspendu en plein vol donc, il devient dès lors la mesure du lieu, souligne son volume, sa hauteur, comme une espèce de gabarit poétique de l’espace ; ou encore cet alignement de valises jumelles, fichées d’une ampoule LED au beau milieu de leurs chromes et dont la lumière vient jouer avec le cerclage métallique, comme d’improbables luminaires… Parfois, ce sont des flacons fichés dans le mur ou le sol qui semblent venir désorienter l’espace, le reconfigurer, tels des panneaux indicateurs insolites, objets soudainement tirés de leur inanition. Quant au lit de camp accroché à une colonne de la galerie : défi à la pesanteur, désir de hamac ? Tout ce que l’on peut dire c’est que Julien Quentel n’aime pas tellement la prédestination des objets qu’il s’empresse de démanteler.

L’artiste ne parle pas d’installation à propos de ses œuvres, il préfère dire qu’elles créent des situations, renvoyant de fait à un langage cinématographique, à un scénario non stabilisé, capable d’évoluer à tout moment. Les œuvres de Julien Quentel viennent littéralement resituer un lieu, lui donner une nouvelle orientation, et quand bien même elles ne portent plus ces titres si chargés de récit potentiel, elles n’en demeurent pas moins pleines de sens et de « contresens », histoire de ne pas se laisser abuser par les apparences.

Patrice Joly

La pratique de Julien Quentel s’attache plus au dénuement des objets qu’à leur côté séducteur, l’artiste se préoccupant plus de révéler par de subtils traitements et déplacements, parfois à la limite du visible, leurs qualités intrinsèques, quand il ne se s’avise pas de faire macérer dans la Loire de vrais faux sacs Hermès : Hermès retrouvé fait autant référence à la mythologie dont on aurait retrouvé le chemin qu’à la marque qui a définitivement pris le pas sur l’épopée. De même, le vermillon de sa shoebox in red vermillon n’apparaît que si on la retourne : à l’instar des célèbres escarpins dont on ne devine la couleur qu’à la faveur d’un pied qui se lève, le rouge reste ici con né dans un secret que seul le langage trahit. Le vrai luxe c’est de pouvoir s’abriter derrière le verbe. Les pièces de Julien Quentel, comme cette autre boîte fabriquée à la main par l’artiste qui épouse la forme d’une vraie boîte«manufacturée» (shoebox made by hand), empruntent au langage pour subtilement signifier la rouerie de ce dernier et sa non adhérence à la chose : ceci n’est pas une boîte de chaussures.

Patrice Joly, 2017

shapes, angles, colors, volumes

C’est l’organique de nos corps qui parle ce langage plastique et non pas une pousse de l’intellect, et coexiste une nourriture spirituelle du corps, et elle désir la paix, le paisible  et la simplicité de l’acte de création et de réception. La poétique est là, dans des résidus et des actes simples. Le minimal est conquérant dans le choix de ces œuvres et peut-être même la sécheresse, c’est intéressant la sécheresse dans ce travail, une sécheresse qui bavarde tranquillement, voilà ce que je vois aujourd’hui. Il y a des peintures d’eau verte et comme un rideau de douche, ce n’est pas vraiment la sécheresse non plus, il y a des oranges, c’est peut-être un calme oasien où l’on vaque et ponce un tube de métal.

Gaël Derrien

shapes, angles, colors, volumes