Artistes
Benoît Travers : vit et travaille à Nantes.
MANU CAPERE USTENSILIA, 2025Atelier Alain Lebras
FULLARE, 2025Atelier Alain Lebras, Nantes
MOVERE USTENSILIA, 2025, 1900Atelier Alain Lebras
PETRA PALMA, 2025Atelier Alain Lebras
SEISMÓS, 2025Atelier Alain Lebras
VACCA- 6294, 2026Atelier Alain Lebras
MANU CAPERE, 2025Atelier Alain Lebras
Ébrèchement abris #2, Paris, 2023Studiobenoittravers
CHIPPING FOLDING CAR , 2025Bronx, New-York
Cadence FantômeBlokhaus / Set'30, Nantes
Ébrèchement archives, 2024, Éditions Paris Brest / VidéoNantes Musique
WinterreiseL'Atelier Ville de Nantes
CHIPPING CAR, Harlem, New York, 2023Studio, Nantes
Dos nu, 2024L'Atelier Ville de Nantes
Chipping billbord, Bronx, New-York, 2024L'Atelier Ville de Nantes
Silences, 2024L'Atelier Ville de Nantes
Ébrèchements brûlants #2, Oued el Melah, Tunisie, 2020 / vidéoL'Atelier Ville de Nantes
Chipping Concrete block, Bronx, New-York, 2024L'Atelier Ville de Nantes
Ébrèchement abris #2, Paris 19ème, 2023L'Atelier Ville de Nantes
Installation de Fortune, 2024 / VidéoL'Atelier Ville de Nantes
Ébrèchement falaise, Sentier de la Brèche, Hautes Pyrénées, 2023L'Atelier Ville de Nantes
Ébrèchement abris #1, 2023 / VidéoStudio, Nantes
Ébrèchement abris #1, Paris 19 ème, 2023Studio, Nantes
Ébrèchement Tour Eiffel, 2023Centre Soleil d'Afrique, Bamako
Chipping Concrete block, Bronx, New York City, 2024Studio, Nantes
Ébrèchement Porsche #1 & 2, Port de commerce, Hambourg, 2019Galerie RDV, Nantes
Tente, Paris 19ème, 2023L'Atelier Ville de Nantes
Ébrèchement Pneu, Vidéo performance, 2017M'Bichira Art Center, Tunis
Ébrèchements blancs, 2023 / VidéoL'Atelier Ville de Nantes
Ébrèchement blancStudiobenoittravers
Citérythmie, Oeuvre in situ & performanceCité des Congrès, Nantes
MMode MMonstre, performance nomade / VidéoNew-York City
WALKIE-TALKIE #3ZOO GALERIE
Exposition Ébrèchement vêtements & vidéoGALERIE PARADISE, NANTES
Vidéo Performance CitérythmieCité des Congrès, Nantes
Exposition A branches déployées, Boîte adventice#1Marseille, Les 8 Pillards
Expositions, Under the Sand / Oeuvres, VIDEOSTextes Marion Zillio & Clara Muller, Nantes, Gafsa
Machoire Performance poésie / batterieLes huit Pillards, Marseille, Wave, Nantes
Exposition Sorties d’ateliersGALERIE MELANIE RIO FLUENCY, NANTES
Ébrèchement Porsche – solo showEcole des Arts, Cholet
Exposition ETNANTESETNANTESETNANTESAmis du musée des Arts de Nantes, Atelier Ville de Nantes
Exposition La vision contemporaine de l’antiqueHaos Galerie, Nantes, 2021
Performance Faire acte de présenceLe MAT, Centre d'art contemporain du Pays d'Ancenis, Ancenis, Montrelais
Ébrèchement échafaudage – solo show, 2018Ateliers Bonus, Ville de Nantes
Ebrèchements Live – Performances / Créations sonoresSaint Nazaire, Nantes, Rennes, Brest
HYPNOTONIC DRUMMING, Live Web, Vidéo 8’08Festival PERCUS MADNESS#8
Ebrèchements blancs, sculpture, 2020Galerie RDV, Ateliers Bonus, Nantes
Ebrèchements cabane, VIDEO, Création sonore/Immersion/performance/NomadismeSaint-Nazaire, Nantes, Rennes, Brest
Exposition, Faire acte de présence #2Galerie La Gâterie, La Roche sur Yon
Used up thoughts, performances poésie-batterieLe Quartier, CRAC Alsace, ESA Paris, Au Bout Du Plongeoir
Walkie-Talkie #1,#2 performance texte & voixL'Atelier Ville de Nantes , Le PAD, Angers
Ébrèchement vêtements, performance installationOxford Street, Londres, Place de la République, Place du Panthéon, Paris, Hasselt, Belgique, Paris
Variations Wittgenstein, Installation et VidéoLe PAD, Angers
Mes vacances sur l’Ile de Ouat, performance voix batterieStudio Shala, Montreuil
Mon week-end à Paris avec mon ami Ronan, Performance voix batterieGalerie G39. Cardiff - Grande Bretagne, Exposition We’re not here to give your pleasure
Objets trouvés, performance improvisationLe Dix, Nantes
Souviens-moi, performance voix actionsEspace Gantner, Belfort
Braillement Brouette, Ebrèchement brouette, VIDEOS performanceAteliers Bonus, Ville de Nantes
La salle défaite, performance voix danse contemporaineSalle des fêtes de Plazac
3 jours en mai, commissariat évènement performance collectifLe Bon Accueil, Rennes
Exécution sommaire ! performance actions voix batterie pianoMusée de la Roche sur Yon
Mapple Custom Deskjet, performance traceurs & batterieMidi Minuit Poésie Débordements, Galerie de L'ESBANM, Digital Campus, Rennes
Performance Bal-solitude / Un projet de Rodolphe ToupinLe Track N Art, Nantes
Ébrèchement Tour Eiffel, photographie martelée, acier galvanisé, 2023Centre Soleil d'Afrique, Bamako
Expositions collectives
Workshops, enseignement
2017 - 2020
- Intervenant Pédagogique - Accompagnateur danse, Pont Supérieur de Nantes
2005 - 2020
- Professeur de percussion/batterie, Accompagnateur danse - Formateur musical danseur - Conservatoire de La Roche sur Yon - CYEL
2011 - 2016
- L’art de s’autoriser à ... avec Dominique Petit , Ateliers Performance du Conservatoire
2003
- Kaïros, expérimentations et workshops, avec Julien Quintel, Laurie Peschier-Pimont, Dominique Leroy, Marie-pierre Ducoq, Marina Pirot, Rezé
2000 - 2003
- Espaces d’improvisations, encadrement d’improvisation pour danseurs, plasticiens, musiciens, invité par Bertrand Gauguet, avec Benoit Sicat, Gwenaelle Rébillard, Atelier d’artiste, Ville de Rennes
Écoles, formations
Ebrèchement de la certitude
Ébrèchement De la certitude. Mya Finbow © 2019
Benoit Travers propose à RDV un morceau de son projet Ébrèchements, résultat de plusieurs phases de recherches, de créations et de résidences menées précédemment.
Benoit Travers métamorphose l’objet ordinaire. D’un geste unique il le mutile. Progressivement, l’origine de l’objet s’altère. L’objet perd son objet. Des œuvres aux contours flous se dessinent, un dispositif radical se construit.
Machinalement, l’artiste actionne une opération soustractive de l’œuvre. Il invoque la présence conceptuelle et poétique de la pensée du philosophe L.Wittgenstein, pour qui l’homme n’est pas un être de la pensée mais de l’expérimentation. Et c’est en ce sens, que les œuvres de l’artiste deviennent le langage de l’action, son avoir lieu.
Ce processus de désœuvrement devient le développement complexe des expressions primitives de Benoit Travers. Et peu à peu, nous appréhendons les règles qui donnent leurs sens aux sculptures de l’artiste.
Ainsi sur un débris d’aile de voiture trouvé dans une décharge à Gafsa, Benoit Travers vient impacter la tôle et fait s’éclater la peinture. Un mot apparait. Clonisation. Mais, comme si nous étions victime d’un trouble visuel, la transposition est quasi automatique et les lettres indélébiles viennent sonder nos mémoires de l’oppression coloniale.
C’est aussi à Gafsa, en se promenant aux abords de la ville, que Benoit Travers remarque une voiture abandonné près d’un oued. Instinctivement, l’artiste entame un processus de dégradation. La tôle absorbe et fait résonner les coups de l’artiste qui martèle durant quatre heures d’un rythme effréné, frôlant l’asthénie.
Ici, l’écran d’acier souffre des mêmes stigmates et, sans doute dans une démarche de remise en cause des codes de la documentation artistique, devient le témoignage de cette action.
Ailleurs c’est au matériel de chantier que Benoit Travers s’attaque. D’un seul geste, il cogne sur notre connaissance du monde et échafaude une technique de modification du signifiant.
Dès lors, la palissade de chantier ne clôture plus la zone de travaux, les socles ne soutiennent plus la palissade et le poteau de signalisation n’a plus rien à signaler. Les pièces sont désormais silencieuses et deviennent la restitution de l’expérience de l’action, un mécanisme documentaire faisant œuvre.
En contournant la palissade, un tout autre travail se dévoile. Une colonne mouvante se dresse dans le passage, gênant presque notre progression dans l’espace. Toutefois, la matière n’est pas aussi inflexible qu’elle n’y parait quand on aborde l’installation totémique qui lui fait écho. Celle-ci se réfère inéluctablement à la culture traditionnelle africaine absorbée par l’artiste lors de ses multiples voyages quasi initiatiques. Les morceaux de tissus débordant du papier corroborent l’idée de la transgression de la matière. Néanmoins, le caractère impalpable des pièces apportent une dimension plus onirique au travail de l’artiste. Comme ce livre bordé d’un halo noir, apparut accidentellement et dont la manipulation se révèle chimérique. Sur les livres de Wittgenstein recouverts d’une feuille de plomb, Benoit Travers entaille le papier. Les pages entremêlés se tournent, comme un événement imprévisible, irréversible. Il est impossible de manipuler ce livre ordinairement, d’en maîtriser le cheminement d’une lecture linéaire. Et le travestissement de la certitude révèle sur l’artiste une appétence accrue pour l’inconnu.
Plus loin, des câbles lacérés au sabre prennent l’apparence d’une couronne d’épine en référence à l’un des évènements déclencheur de la révolution tunisienne. Tandis qu’une autre plaque d’acier martelée réinvestit une action menée par un anonyme à Hambourg qui avait recouvert de peinture or une Porsche calcinée.
Oscillant entre poésie et politique le travail de Benoit Travers contient des dimensions d’imprévisibilité et d’aléatoire, refusant le strictement établis. Et finalement, l’ébrèchement est pour lui le geste fondateur de ses actions et de sa pensée, avec lequel il fabrique un système symbolique qu’il a envisagé comme jeu de langage.
Mya Finbow, 2019
Avant la poussière, Benoit Travers Extrait
Benoit Travers
De l’air brassé au vent qui nous souffle dans le dos, on suit alors les lignes d’un câble électrique qui semble avoir été saboté. S’appuyant sur l’embrasement qui, des grèves aux électrocutions puis à l’immolation de Mohamed Bouazizi en décembre 2010, conduisit aux mouvements de révolte dans le sud de la Tunisie, Benoit Travers creuse les failles par des gestes répétés. Dans la logique de ses diverses actions et performances, il martèle de manière continue une voiture coincée sous les gravats dans le Oued asséché d’el Melah, comme pour en accélérer l’érosion ; il ébrèche à grand coup de sabre les crampons d’un pneu semblant évoquer le rocher que roule chaque jour Sisyphe jusqu’en haut d’une colline. De ces superpositions et polyrythmies, il en ressort un « dialogue sonore » rejouant l’entremêlement des rythmes percussifs produit par les ouvriers sur les chantiers. Son geste, en apparence vain et monotone, travaille les récits comme des actes, procède d’une poésie en lutte contre les destins scellés. Il incarne la capacité de remettre la croyance au service de possibilités politiques utopiques ou matérielles. Portant son attention sur des éléments saillants de l’espace urbain à Gafsa (ses briques, ses tas de pneus, ses tôles de voitures…), Benoit Travers érige les conditions d’une « architecture f(r)ictionnelle » qui façonne une partition musicale que l’on ne sait pas encore jouer. Cette dernière libère peu à peu de l’engrenage sisyphéen, des images premières, des fictions et des réalités qui empêchent de voir autrement le territoire ou d’effectuer des pas de côté. Comme le moucharabieh, son installation de briques poinçonnées produit un maillage qui accélère le vent et, dans le même temps, dérobe des regards indiscrets.
L’œil s’affine. Les détails prennent de l’épaisseur. L’on remonte le fil du temps, l’on se laisse doucement impacter par le territoire et son histoire, et l’on se détache enfin d’une atmosphère d’expédition scientifique aux réminiscences colonialistes.
Avant la poussière, à l’invitation du projet Under The Sand, Lieu unique, Nantes, du 10 au 28 février 2018.
Minhee Kim, Amélie Labourdette, Dominique Leroy, Wilfried Nail, Pascale Rémita, Benoit Travers.
Under The Sand projet Impulsé par Wilfried Nail, construit et dirigé avec Souad Mani // Porté par l’association française AZONES // Soutenu par la Région des Pays de La Loire // l’Institut Français et la ville de Nantes // Le Lieu Unique (Nantes) // Mécène Wilfried Pasquier
Marion Zillio, 2018
Ré-partitions (martel en tête)
Benoît Travers
Ré-partitions (martel en tête)
Il y a lieu de s’alarmer. Chaque semaine, chaque jour, chaque minute, chaque seconde de nos vies prises dans un monde pétri de violence sociale et de rapports de domination en tous genres, prêt à dégainer la grosse artillerie plus vite que son ombre.
Si, dans les actions dont procèdent ses œuvres ou qui les accompagnent, Benoît Travers use d’une certaine force de frappe en vue d’entailler la matérialité d’une réalité aussi dure que brute — fût-elle de son image lissée —, c’est moins dans l’idée d’en reproduire, dans un geste dé- monstratif, les effets destructeurs, que d’en pointer les limites et de faire saillir les zones sen- sibles qui nous entourent.
Ebrèchement de la certitude Ebrèchement cabane
Ebrèchement pORsche Ebrèchement vêtements Ebrèchement échafaudage Ebrèchement brouette Ebrèchement miroirs
Ebrèchement panneau de déviation Ebrèchement boîtes à outils Ebrèchement billots de boucher Ebrèchements papierEbrèchement sonore Ebrèchement live Ebrèchements blancs
À coups répétés. En séries, surfaces attaquées, abrasées, entamées, déformées. Des objets, des images. De dedans, de dehors. Jusqu’à faire péter le volume, et dévier le sens1.
Après coup(s) s’observent les retraits et les reliefs de la matière soumise à une gamme de gestes2 opérant comme des motifs musicaux réitérés à fréquence et intensité variables. En phase avec ses convictions, le sculpteur-sonneur, seul ou bien accompagné, (dé)bat la mesure
1 Les modifcations apportées aux matériaux et aux formes en troublent la perception et l’identifcation, comme une manière implicite de nous inciter à prendre position.
2 Ebrécher, marteler, tamponner, poinçonner, percer, découper, taper des mains, etc. Main(s) tenant, la palette de gestes déployée par Benoît Travers s’accompagne d’un éventail d’outils mis rudement à l’épreuve, parfois jusqu’au point de rupture : baguettes pour batterie, marteaux, meuleuse, scie-sabre, etc.
au contact d’objets ready made déjà chargés symboliquement par une certaine force de travail à la fois mise en avant comme en résonance, et littéralement battue en brèche(s)3.
Abris mobiles, échafaudage, échelle, brouette, fût métallique, sirène mécanique à manivelle, boîtes à outils, billots de boucher, panneaux de signalisation, vêtements, blocs de papier, etc. peuplent cette percutante poétique du volume où la main, le corps sont à l’œuvre à travers sculptures et performances, mot(if)s et gestes combinés, entremêlés.
La langue clappe. Les mains frappent. Le corps tape, danse, se dandine, dit.
Les traces d’impacts et les ondes encore hurlantes fottant dans l’air témoignent de sa présence active, de son engagement dans l’action, dans l’espace. Public, politique4.
Les rythmes que Benoît Travers dissémine au travers des ses objets et de ses actions, de ses instruments et de ses partitions, apparaissent comme autant d’adresses et de mises en relation à l’autre, au sein de l’espace que nous avons en commun. Si chacun, dans la polis, cherche sa pulsation, l’artiste nous rappelle la nécessité et l’urgence de co-opérer, de composer de concert, en sons et en gestes.
Anne-Lou Vicente
3 Force de travail manuelle, physique, ouvrière. L’artiste en pointe la valeur comme l’exploitation au service de ceux qui échafaudent des plans juteux, en même temps qu’il s’emploie, consciemment ou non, à en dézinguer la charge (soi-disant) virile. Voitures et autres accessoires bluffants à l’instar du paroxysmal.e pare-buffe, tels les signes exté- rieurs d’une écrasante et dominante protection, en prennent aussi pour leur grade.
4 Le travail de Benoît Travers entretient un rapport étroit à l’espace public et bien souvent, s’y inscrit, de manière par- fois concomitante à des manifestations politiques citoyennes.
Anne-Lou Vicente, 2022
Ébrèchement
Avec obstination, Benoît Travers martèle. Il martèle la matière, mettant son corps à l\’épreuve des pièces de métal qu\’inlassablement il attaque, coup après coup après coup, y laissant les traces irrégulières et répétitives – mille fois, dix-mille fois renouvelées – de son obstination à lui imprimer des stigmates. Mais le métal a la peau dure ; il ne se laisse pas (a)battre facilement. Si les coups de burin du sculpteur donnent forme à la matière, Benoît Travers s\’attaque à la forme existante, la déforme, l\’informe. Le geste, simple, unique, répétitif, vain dira-t-on peut-être, opère une métamorphose inverse à celle du sculpteur. L\’objectif cependant n\’est pas de briser mais d\’ébrécher. Ébrécher volontairement, rigoureusement, continuellement jusqu\’à la limite de la destruction. D\’un geste maladroit faire un geste délibéré, maîtrisé. D\’un geste destructeur faire un geste créateur.
Le matériel de chantier et le mobilier urbain parmi lesquels Benoît Travers choisit ses objets n\’ont d\’abord pas d\’autre valeur que celle de leur fonction. Ils ne changent de statut qu\’au fur et à mesure de l\’intervention de l\’artiste percussionniste. L\’objet, trivial, utile, manufacturé, devient œuvre, résultat d\’une épreuve de force sisyphéenne qui met à mal la robustesse des objets et fragilise leur structure. Reprenant les gestes rudes et avides qui arrachent la matière brute à la terre – des coups de pioche du mineur aux coups de hache du bucheron – l\’artiste tranforme à nouveau la matière transformée. Les coups effacent la facture industrielle, lisse, géométrique, et donnent aux surfaces un aspect vibrant et sensible.
Le démantèlement des objets, le retour à des formes schématiques, intéresse également l\’artiste dont le faire consiste en partie à défaire. Sous ses coups, les jerricans s\’ouvrent et s\’aplatissent, les boites à outils se disloquent, victimes des instruments mêmes qu\’elles abritaient. Mais c\’est autant dans leur forme que dans leur relation à l\’espace que les éléments s\’autonomisent. Les fragments déployés des boites à outils s\’enroulent et s\’agrègent pour s\’ériger en un totem aux couleurs primaires ; l\’échelle, rendue inutilisable, abdique sa fonction et s\’horizontalise ; vestige de travaux achevés, un échafaudage chancelant continue de se dresser dans le vide, tandis que ses stabilisateurs, contraints par la force de passer d\’une section ronde à carrée, semblent désormais supporter l\’architecture – le gros œuvre dirait l\’ouvrier – malgré leur évidente instabilité.
Sur la plate-forme de l\’échafaudage, seule partie demeurée intacte, Benoît Travers présente la vidéo de Variations Wittgenstein, une performance à deux voix et quatre bras réalisée en 2017 avec l\’auteur Stephan Riegel. De la documentation vidéo de ses performances, Benoît Travers fait des pièces à part entière. Filmées en caméra subjective par un dispositif de captation tractée aléatoirement au ras du sol, les images nous emmènent « au cœur de l\’action ». Dans le cas des Variations, on assiste ainsi à l\’ébrèchement d\’une palette de bois qui retrouve, au rythme des coups, l\’aspect et l\’essence de sa matière d\’origine, fibreuse, organique. Originellement accompagnée d\’une lecture d\’extraits du Cahier Bleu (1934) de Ludwig Wittgenstein – qui quitta un temps la philosophie pour se consacrer à la construction d\’une cabane au fond d\’un fjord norvégien – cette performance inaugurale du travail d\’ébrèchement se présente comme une méditation par et sur l\’effort physique.
Enfin, si les sculptures de Benoît Travers ne se conçoivent pas sans l\’effort du corps, que l\’on perçoit dans chaque impact, elle sont tout aussi indissociables du tapage qui préside – littéralement – à leur création et que l\’on devine même dans le silence de leur restitution. Pour accompagner ses installations, l\’artiste proposera aussi bientôt une performance sonore, comme un écho ré-activable du geste performatif. Percussions, sirènes d\’alarmes manuelles et musique assistée par ordinateur se répondront dans une composition inspirée du procédé de déphasage inventé par Terry Riley et John Cage dans les années 1960-1970. Répétitions, étirements et compressions rythmiques : la matière sonore de la performance sera façonnée par les mêmes processus que la sculpture de l\’endurance pratiquée par l\’artiste. Ainsi, dans l\’espace résonneront encore les coups, le prix de l\’acharnement de l\’artiste, livré à nos yeux comme à nos oreilles.
Clara Muller, 2019.














































































