Artistes

Jezy Knez

Accès à :
Sans titre (couloir)

Sans titre (couloir), 2019Cité Descartes Paris, Marne-la-Vallée

Sans titre (réitération)

Sans titre (réitération), 2019Parc régional du Morvan

Barricade 2

Barricade 2, 2019centre culturel le Volume, Vern-sur-Seiche

Depuis les forêts

Depuis les forêts, 2018galerie Michel Journiac, Paris

viendront de douces pluies

viendront de douces pluies, 2017"la crèche" (Les Grands Voisins), Paris

L’air profond des choses immobiles

L’air profond des choses immobiles, 2017maison de la Biélorussie, Varsovie

Monument

Monument, 2017anciennes usines Schneider, Champagne-sur-Seine

Palissade 1

Palissade 1, 2015Jardin C (la fabrique), Nantes

Invasion 1

Invasion 1, 2015Mulhouse 015, biennale de la jeune création contemporaine de Mulhouse

Barricade 2

Barricade 2, 2013galerie Robespierre, Grande-Synthe

Expositions personnelles

2020

  • «Le sol qui se soumet au vent, prospère», Frac Pays-de-la-Loire / Atelier Legault, Ombrée d'Anjou

2018

  • «Depuis les forêts», Galerie Michel Journiac, Paris

2017

  • «viendront de douces pluies», "La crèche", Les Grands Voisins, Paris

2013

  • «Barricade 2 (Biennale Watch this space #7 par 50° Nord)», Galerie Robespierre, Grande-Synthe

Expositions collectives

2019

  • «Art Métropole», Campus Descartes, Marne-la-Vallée / commissariat : Hadrien Frémont
  • «Format Paysages», Parc régional du Morvan / programmation : Jean-Michel Le Jeune et Véronique Verstraete
  • «La revanche des milieux (Biennale Vern Volume)», Le Volume, Vern-sur-Seiche / commissariat : L'île d'en face
  • «Contre forme», L'Atelier, Nantes / commissariat : MPVite

2018

  • «Dernier rite», Maison de quartier Madeleine Champs de Mars, Nantes / commissariat : Sana Jaafar

2017

  • «Area outside, ed. 1», Maison de la Biélorussie, Varsovie / commissariat : Galerie Fontaine
  • «CHAMPAGNE !», Anciennes usines Schneider, Champagne-sur-Seine
  • «Welcome home», Galerie RDV (hors les murs), Nantes

2016

  • «Dédale (Place Dan Graham)», ateliers MilleFeuilles (hors les murs), Nantes / commissariat : Galerie Fontaine
  • «Evanescences (in Archiculture)», Galerie Loire (ENSA), Nantes / commissariat : Galerie Fontaine
  • «Stonehenge», Galerie RDV, Nantes
  • «Demeurer», Le Village (BCV), Nantes / commissariat : BonjourChezVous
  • «Galerie fɔ̃.tɛn - ouverture du projet», Espace Projet, Montréal + Galerie des beaux arts ("les Réalisateurs"), Nantes / commissariat : Galerie Fontaine

2015

  • «Jungle domestique», Jardin C (la Fabrique - association mire), Nantes / commissariat : Aude Robert et BonjourChezVous
  • «Mulhouse015 (Biennale Jeune Création)», Parc de expositions, Mulhouse

2014

  • «Short cuts», Espace Short, Nantes / commissariat : Patricia Solini
  • «Art et paysage - les rencontres d'Artiguès», Artiguès-près-Bordeaux / commissariat : Véronique Laban / annulé

2013

  • «Zones temporaires», Galerie des beaux-arts ("salle blanche"), Nantes
  • «C'est la fête.», chez l'habitant, Nantes / commissariat : BonjourChezVous
  • «Première mesure de la parallaxe d'une étoile», Galerie des beaux-arts ("salle blanche"), Nantes / commissariat : BonjourChezVous

Résidences

2017

  • «Area outside, ed. 1 - Forêt de Bialowieza (Pologne et Biélorussie)», Maison de la Biélorussie, Varsovie + Galerie Fontaine

2016

  • «Projet Galerie Fontaine - Place Dan Graham», ateliers MilleFeuilles, Nantes + Galerie Fontaine

Bourses, prix, aides

2018

  • Aide individuelle à la création - DRAC des Pays-de-la-Loire

Publications, diffusions

2016

  • «COME TOGETHER, Facettes #2 - revue de 50° Nord», Texte : Alexandrine Dhainaut
  • «Demeurer, revue apériodique de BonjourChezVous», Design graphique : Elliot Gaillardon et Jérémy Comalada

2015

  • «Jungle domestique, catalogue de l'exposition de BonjourChezVous», Texte : Ilan Michel / Design graphique : Elliot Gaillardon
  • «OSM - Openskymuseum, catalogue de l'exposition», Ecole supérieure des beaux arts, Nantes

2014

  • «Focus : Wath this space #7, Facettes #0 - revue de 50° Nord», Texte : Nathalie Stefanov

Workshops, enseignement

2020

  • Frac PDL - "L'art en valise" - atelier avec les lycéen·ne·s en terminale arts plastiques et les étudiant·e·s de la première année du DNMAD "Création et expérimentation en ébénisterie", Lycée polyvalent Raphaël Elizé, Sablé-sur-Sarthe

2018

  • Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - workshop avec les étudiant·e·s en Licence et Master du département Arts Plastiques, Ecole des arts de la Sorbonne, Paris

Écoles, formations

2014

  • DNSEP avec les félicitations du jury - Ecole supérieure des beaux arts, Nantes

Galaxie GJ-JK 12-20

Bande-son recommandée par l’auteure : une partition cristalline et/ou répétitive, renvoyant une certaine inquiétante étrangeté (ex : John Carpenter et les lignes decrescendo des piano et orgue de Fog, ou la troublante seconde voix d’Agnès Obel du titre Familiar, album Citizen of Glass).

Épidémie, Zone, Invasion… Voilà quelques titres d’œuvres du duo Guillaume Jezy et Jérémy Knez qui auraient largement trouvé leur place au rayon Science-fiction d’un vidéoclub, ce lieu d’antan qui faisait le bonheur des cinéphiles, période pré-Netflix. Il est peu dire que les deux artistes puisent leur inspiration dans le cinéma, tout à la fois dans les registres SF donc, mais aussi dans le film d’anticipation ou encore le film d’horreur. Par citations directes, d’une part. À l’image de Zone, leur série de dessins noir et blanc réalisée au crayon à papier qui sont autant d’arrêts sur images de films existants, sélectionnés pour leur twist effrayant ou violent, ou leur dénouement explosif : Le Village des damnés, Invasion Los Angeles, Assaut, Alien, le 8e passager, ou encore Le Jour du fléau. À la nuance près que le photogramme retenu est ici partiellement reproduit. En effet, de larges réserves, des zones blanches non dessinées aux contours brumeux, semblent contaminer le cadre et relèguent hors champ une partie des personnages et décors d’origine. Par cet élément invasif récurrent, une relation s’établit entre les images et semble composer un seul et même scénario. Catastrophe, de préférence.

Par évocation, d’autre part. Comme dans leur série de sculptures miniatures (1.) semblables à des micro-décors rétro-futuristes. Réalisées à partir de matériaux pauvres – agencement de morceaux de bois (médium, aggloméré, baguettes de balsa), plexiglas, carton, sable, copeaux de bois ou poudre de charbon – et gestes sommaires – visserie apparente, raccords imparfaits, surfaces et bords laissés délibérément bruts -, les sculptures n’ont rien des objets à la finition parfaite pour collectionneurs fétichistes de cinéma. Elles convoquent surtout l’imaginaire collectif de la science-fiction. Dans viendront de douces pluies, on pense évidemment aux tripodes de La Guerre des Mondes ; à Métropolis de Fritz Lang ou à Eisenstein (2.) et la fameuse scène des escaliers d’Odessa dans Le Cuirassé Potemkine face à la sculpture Depuis les forêts, Monument, avec son escalier concentrique en verre, dont les colonnes verticales semblent se prolonger à l’infini. Comme au cinéma, Guillaume Jezy et Jérémy Knez prennent également un soin particulier à éclairer leurs pièces pour renforcer certains effets visuels propres à la mise en scène. L’éclairage surplombant ou le rétro-éclairage, l’utilisation de matériaux transparents (plexiglas ou billes de verre) ou réfléchissants (miroirs, paillettes) dessinent des ombres et/ou subliment des volumes qui viennent renforcer la dramaturgie et l’étrangeté des pièces. À l’image des petits triangles énigmatiques de padouk que les tripodes de viendront de douces pluies surplombent ou encore les billes vertes et bleues de Depuis les forêts, After earth, réparties méticuleusement sur un plan-relief rétroéclairé.

Des motifs architecturaux minimalistes, aux jeux de lumières en clair-obscur jusqu’à l’usage des couleurs à dominantes de vert, rouge, bleu et noir, tous les codes visuels de la science-fiction sont ici convoqués. Ce recours à l’esthétique SF ou l’emprunt direct à des films visionnaires et/ou glaçants par Guillaume Jezy et Jérémy Knez construit un univers volontairement anxiogène, illustrant des notions telles que l’invasion ou la contamination. Car l’imaginaire cinématographique auquel les œuvres renvoient porte en vérité le discours des artistes, très concernés par l’écologie. Bien qu’il en soit totalement absent, l’humain que l’on projette dans ces mini-mondes, est pourtant omniprésent et démontre ses contradictions, à la fois problème et solution de sa propre condition (3.) : cohabiter avec la nature mais la dominer depuis les hauteurs de son habitat panoptique (Depuis les forêts, Marches), se voir menacé par la matière que l’on a inventée (les éruptions de matière plastique qui semblent bouillonner aux pieds de l’architecture sur pilotis dans Depuis les forêts, Panorama, ou au milieu de la forêt dans l’installation in situ présentée à Format Paysages en 2019). Ou le minerai que l’on a extrait : future matière première ou kryptonite ? Telle est la question que semble poser le sable noir aux reflets suspicieux ou encore la poudre bleue de Depuis les forêts, After earth

Ultra cinéphile (plutôt branche collapsologie), le duo Jezy Knez met en scène un univers sculptural et graphique suffisamment ouvert et référencé pour que l’imaginaire s’enclenche instantanément, en même temps qu’une réflexion sur notre devenir : la vacuité totale ou partielle de leurs décors préfigure un monde où l’humain aurait disparu ou serait en voie de disparition (4.).  La fiction dépasse ici encore la réalité. Mais jusque quand ? On ne présagera pas d’un happy end, mais cet état liminaire du travail des artistes rend néanmoins toutes les fins possibles.

Alexandrine Dhainaut, 2020

1. En grande partie réunies dans l’exposition « Depuis les forêts », à la galerie Michel Journiac (Paris 1) en 2018.
2. Monument résonne avec Glass House, projet de film avorté d’Eisenstein, dans lequel le cinéaste imaginait un immeuble tout en verre. Dans cette architecture exhibitionniste et voyeuriste à la fois, un homme mettait fin à ses jours aux yeux de toutes et tous. Glaçant et tellement visionnaire.
3. L’écrivain de SF, Theodore Sturgeon, auteur de Cristal qui songe et Les plus qu'humains définissait ainsi la SF : « une histoire de science-fiction est une histoire construite autour d'êtres humains, avec un problème et une solution humaine, et qui n'aurait pu se produire sans son contexte scientifique ».
4. En 2007, le journaliste et essayiste Alan Weisman a imaginé le scénario de la disparition de l’homme dans son ouvrage Homo disparitus, tentant de mesurer avec l’aide de scientifiques l’impact de l’humanité disparue sur les écosystèmes et leur capacité à se régénérer ou pas.

Architectures de la dystopie, construire le vide

Lorsqu’il rentre chez lui ce soir-là, le protagoniste du roman de J. G. Ballard, L’Île de béton (1973), est victime d’un accident de voiture ; un pneu éclate, son véhicule est éjecté de l’échangeur d’une banlieue de Londres et vient s’échouer sur un espace isolé, neutre, recouvert de végétations et de voitures cabossées. À la manière d’un Robinson Crusoé du monde contemporain, il organise sa survie sur une île de béton, une « zone», poreuse aux mauvaises herbes, coupée du monde extérieur par des remblais et un grillage, tandis que les voitures filent sur l’échangeur sans s’arrêter. Ballard décrit dans cet étonnant récit de science-fiction, froid et minimaliste, une errance dans les marges de l’urbanité et les interstices du monde contemporain. Ce terrain-vague évoque aussi bien quelque « hétérotopie » à la manière de Michel Foucault, un ailleurs concret, qu’un non-lieu, un lieu interstitiel, selon Marc Augé.

L’univers simultanément structuré et dépeuplé du duo d’artistes, Jezy et Knez, pourrait être issu de l’une de ces fictions dystopiques dont les artistes font la matière théorique et fictionnelle de leur travail. Tels deux architectes du vide, ils exposent pour cette exposition à la Galerie Michel Journiac, Depuis les forêts, un ensemble de maquettes, de plans, de reliefs : une forêt qui pourrait être une ville nouvelle, des bâtiments modernistes, d’où s’échappe la tour du Métropolis de Fritz Lang, une superposition de tables basses, recouvertes de terre noire volcanique, fait penser à un ziggourat futuriste dont le centre est laissé en réserve.

Avec ces mondes en miniature, qu’ils décrivent comme des sculptures, Jezy et Knez imaginent des espaces étranges à la fois utopiques et entropiques : ils projettent le dernier état d’une civilisation inconnue, qui pourrait être la nôtre, en esquissant des formes-laboratoires à venir. Les dessins au mur, composés à partir de films tels que Los Angeles 2019 de John Carpenter, Le Village des Damnés du même réalisateur ou encore La Zone d’Andreï Tarkovski, captent un moment d’intensité dont une partie importante (l’action principale ?) se trouve effacée.

Nous évoluons chez eux dans un monde en ruine et en devenir. Comme si, à la faveur d’une boucle temporelle que n’eut pas désavouée Robert Smithson, l’utopie était réversible en dystopie ; « le futur, écrit Nabokov, est l’obsolescence à l’envers ».

Olivier Schefer, 2018

Jungle domestique : Objet Végétal Non Identifié (extrait)

C’est en empruntant des chemins de traverses que l’on parvient au Jardin C. Fondé par l’association Mire en 2011 sur l’ancien site industriel des chantiers navals, cet espace expérimental de dé-pollution des sols pourrait continuer à agir de façon souterraine si des cartes blanches artistiques ne venaient régulièrement l’animer. Le collectif Bonjour Chez Vous, créé en 2012 et constitué de jeunes diplômés, a répondu à l’invitation. L’exposition Jungle domestique offre l’occasion, pour la première fois, d’occuper le terrain de cette manière sur une durée de deux semaines. Initiée par Aude Robert, artiste invitée et porteuse du projet, elle propose à sept plasticiens de réagir à l’environnement en produisant une pièce in situ ou sélectionnée en interaction avec le lieu.

Ce qui frappe au premier abord ce sont les conditions d’apparition des œuvres. Entourées d’une palissade de bois ajourée, elles ne sont visibles qu’à distance. Palissade 1 est la première œuvre réalisée dans l’espace public par le duo Guillaume Jezy et Jéremy Knez. Dans un premier temps, elle rend tangible les frontières d’un jardin frappé d’invisibilité par les lourdes infrastructures du « Quartier de la Création » qui l’entourent. Le cloisonnement lui confère une mise en vue paradoxale. La verticalité de cette palissade précaire contredit l’horizontalité du paysage. La radicalité de la proposition tient à la fermeture de cet « espace sans qualité », selon les mots d’Aude Robert. Bien qu’elles agissent comme un écran escamotant aux regards ce qu’elles protègent, les planches de palettes qui la constituent affichent une surface plastique de variations colorées. Dans un deuxième temps, elle conditionne les points des vue sur les autres pièces en suscitant la curiosité pour les coulisses du chantier. Clôturer le lieu en ménageant des ouvertures équidistantes limite les angles de vision tout en les définissant. Le dispositif nous rappelle qu’un paysage est déjà cadré par un regard. Tirant l’accrochage du côté de la scénographie, il souligne l’artificialité d’une friche créée de toute pièce tout en convoquant le jardin clos biblique. Paradoxalement, l’œuvre vient ouvrir les accès à ce qu’elle renferme par une invitation à arpenter ses abords. Dénivelés et obstacles alentours réclament un investissement particulier de la part du spectateur. C’est dans le dévoilement progressif des œuvres placées à l’intérieur de l’enclos que se révèle le paysage, par fragments. (…)

Ilan Michel, 2015

Viendront de douces pluies

Il y avait là une titanesque accumulation d’effort, fragile comme une patte d’araignée, forte comme une tombe, démente comme la torture, la trépanation, sereine et lugubre. Les enfants ne jouaient plus.

Il n’y avait rien, elles étaient là. Tristes et rassurantes, comme une civilisation zéro, suprême, toujours déjà éteinte.

Barbares et violentes, mais sans besoin de l’être, car sans être à violenter ; toujours déjà en paix. Les enfants ne jouaient plus.

Sèches et humides comme le ventre de l’être aimé, mais sans amour, sans besoin d’aimer. Sans vérité, sans le besoin de la vérité.

C’était excrémentiel, c’était sacré, et impie jusqu’au squelette, jusqu’à l’architecture des os.

«Elles viennent pour jouer avec nous», dirent les enfants. Et les enfants ne jouèrent plus. «Elles viennent pour nous sauver», dirent les enfants. Et les enfants n’existèrent plus. «Elles ne sont jamais venues», cela personne ne le dit, et elles furent toujours déjà.

Elles peuvent broyer la terre sans outil, sans griffe, sans ongle, elles ont la délicatesse d’une mangouste, la précision d’une corneille, la voracité d’un virus, la bienveillance d’un feu, la rigueur de l’acier, mais elles ne veulent pas être définies. Elles ne veulent pas être, puisqu’elles sont.

Elles connaissent nos empreintes, nos codes, nos historiques, nos adresses et nos vaccins. Elles sont la grande archive brûlée de nos techniques. Elles sont Henri Michaux, et Steven Spielberg, et Hilda Doolitle, et Claude Cahun. Elles sont Jeff Koons, et Brigitte Bardot. Elles sont la fibre optique, le tunnel sous la Manche, la pompe à chaleur, la mémoire vive, le disque dur, le viaduc de Millau, les prothèses amovibles, les implants capillaires, le viagra, les armes à dispersion, le canon lubrifié, le vote pondéré, les plaques à induction et la vente en viager.

Elles sont le cerveau du cerveau, qui contient tout, vierge et saturé.

Elles sont l’alliée de l’escargot, la baleine les révère, le fossile les acclame, le germe les redoute, et l’humain traqué, l’humain enfant, l’humain moustique, l’humain n’a pas vu la nuit tomber et se cogne contre l’ampoule.

Elles sont le contraire de la fainéantise, et néanmoins, toutes actionnées de paresse.

Il n’y a plus de langue, plus de propriété, les casiers sont scellés, les enfants ne jouent plus et le bassin est vide, le bassin est stérile.

Alors, se regardant elles-mêmes et n’ayant pas besoin de voir, se regardant elles-mêmes par le bas, par le sexe et son absence, l’absence d’amour, elles se voient ainsi que ce qu’elles ont crée. Et sans orgueil elles sont Narcisse, et sans amour elles sont Vénus, et sans colère elles sont Mars, elles ont enfanté une charge, un poids dans l’œuf qui n’est pas celui de l’embryon.

S’il était donné à l’humain de voir et de se souvenir, s’il était encore besoin de voir et de se souvenir, l’humain se souviendrait avec ses mots qui ne sont rien et qui ne parviennent pas à être rien, d’un champ de bataille sans cratère, d’une église sans culte, d’un voyage sans mouvement, d’une mort sans vie, d’une lumière sans ombre. Souvenir, emporté avec soi, d’une forme venue là, encore toujours déjà, sans amitié, sans honte, sans bruit, dans un terrifiant vacarme, dans la surdité et l’ignorance, le savoir de la viande, la viande sans matière, sans odeur, sans avenir, d’une forme venue là, sans venir, qui ne partira plus.

Et l’humain s’en retournant vers sa conscience et vers ses mots — araignée, cercle, pattes, triangle, forme, sciure, écrou, ampoule, peinture, pistolet à colle, agrafe, fer à repasser, détecteur de fumée, normes européennes —, l’humain s’en retournant vers son chez lui et vers ses mots aurait ceux-ci dans la tête : « Quelle mémorable épopée que cette absence de combat.»

Benoit Baudinat, 2017

Barricade 2